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L'écologithèque.com
LA CHRONIQUE LIVRE
du 4 janvier 2010



« … l’élevage mondial émet plus de gaz à effet de serre que la totalité des transports humains, bagnole, bateaux et avions compris. Il ravage au passage tous les grands équilibres, de l’eau à la forêt tropicale, en passant par… les pâturages. »
Lire le livre de Fabrice Nicolino, Bidoche, sous-titré L’industrie de la viande menace le monde, aux éditions Les Liens qui libèrent, c’est faire une plongée en Absurdie dans l’industrie de la viande — dans l’élevage intensif de la bidoche. C’est aussi s’apercevoir que planter les dents dans un morceau de cadavre vous tue à petit feu, mais surtout participe à toutes les calamités qui détruisent la Planète et rendent la vie impossible à une majorité d’humains.
Notre sacro-saint steak, notre dominical gigot d’agneau, notre poulet grillé ou notre foie gras ne sont pas simplement des mets parfois goûteux, mais sont des animaux que l’on a engraissés, tués, découpés et emballés. Sous le rouge saignant se cache la bête, un être de chair et de sang, sensible et si proche de ce que nous sommes nous-mêmes.
Comment pourrions-nous nous respecter si nous ne respectons plus notre cousin l’animal ?

Le premier chapitre de Bidoche ne peut pas laisser indifférent. Fabrice Nicolino relate par le menu le sort que nous réservons aux bêtes. Comment l’homme, par son excès de technicité, par sa volonté de surproduction, traite les animaux de façon concentrationnaire ; leur réservant une fin abominable dans des conditions certes optimales d’un point de vue hygiénique, mais inhumaines pour ce qui concerne la mort en elle-même.
L’élevage intensif et l’industrie de la bidoche représentent actuellement plus de 90% des viandes que nous retrouvons dans nos assiettes. Des fermes de milliers de porcs, de milliers de poulets, de milliers de bœufs, voilà la « normalité » en ce XXIe siècle carnivore. Le titre de ce chapitre résume bien la réalité de l’élevage intensif : vivre vite, mourir jeune, faire un affreux cadavre.

« …85% du soja importé est transgénique. Le bétail de France, donc la viande qu’on nous oblige à acheter, mange largement et sans conteste des aliments génétiquement modifiés. »
Et l’on apprend dans Bidoche, que l’élevage du bétail est responsable majoritairement de la déforestation dans le monde et de ses conséquences sur le changement climatique. Mais aussi de la mise à mort de peuples autochtones, notamment en Amazonie, par les grands propriétaires et les grandes entreprises transcontinentales.
La bidoche détruit notre écosystème : « … une partie — nous — utilise sans se soucier 458 m² d’une terre fabuleuse pour parachever l’alimentation du bétail industriel qu’elle ingurgite. » Ainsi, nous participons tous, sans le savoir ou, pire, en nous en « foutant », à la déforestation et au saccage de nos ressources vitales. Le bifteck que nous mangeons parfois deux fois par jour hypothèque la qualité de vie des générations futures. En mangeant de la bidoche déraisonnablement (c'est-à-dire comme nous le faisons dans les pays riches), nous nous dévorons nous-même. Ce cannibalisme virtuel n’en est pas moins une réalité incontournable.
Plus de 30% des céréales cultivées dans le monde servent à l’alimentation animale. Ainsi, quand certains avancent que nous ne pourrons pas nourrir les 9 milliards d’humains prévus dans quelques décennies, ils se trompent. Nous en avons largement la capacité. Pour se faire, il suffit de consacrer une bonne partie de ces 30% à l’alimentation humaine. Réduire notre consommation de bidoche permettrait de subvenir aux besoins vitaux des populations futures.

Bidoche de Fabrice Nicolino est une enquête complète et fouillée qui met en scène les acteurs de l’industrie de la viande. Le livre aborde tous les sujets : politique, pollution, virus, lobby… Il a aussi le mérite de remonter à la source. L’auteur retrace l’histoire contemporaine de la filière de la viande. Comment nous en sommes arrivés à l’élevage intensif, à la manipulation génétique et à cette incroyable monstruosité qui nous fait voir en l’animal un simple produit, une marchandise à découper, à emballer et à vendre.
« La fabrication de bidoche est une aberration énergétique, sans la moindre porte de sortie à l’horizon. » La production de viande utilise une telle quantité de ressources (eau, pétrole, céréales…) qu’on ne peut comprendre notre entêtement, si ce n’est pour le seul et unique bénéfice des industriels, des groupes mondiaux et de quelques spéculateurs dont le profit immédiat justifie les moyens.
« Seule l’illusion tenace d’un monde sans limites physiques a pu permettre ce déchaînement planétaire. Le réveil en cours, bien trop lent, nous menace tous d’un tsunami écologique a regard duquel la crise économique paraîtra une sucrerie. » Tout comme le nucléaire, l’industrie de la viande contribue nettement à la dégradation de notre environnement.

La lecture de Bidoche devrait ouvrir les yeux au plus sceptiques. Si le végétarisme est peut-être une solution d’avenir, et ses adeptes des « révolutionnaires », il suffirait pourtant que chacun d’entre nous réduise sa consommation de viande, n’achète plus de bidoche industrielle (dans tous les super-hyper-marchés par exemple), donne sa préférence à l’élevage bio et local, respectueux des animaux et de l’environnement, pour que notre empreinte écologique diminue significativement. Sans compter notre santé qui s’en trouverait sacrément améliorée.

« La seule voie discernable par moi, et j’y reviens, est celle de la révolte. Massive. Irréconciliable. Un système aussi puissant, aussi enraciné que celui que je viens de décrire ne saurait être réformé. Ou il nous mènera au bout de sa course, ou il sera détruit. »
L’auteur n’est pas un fanatique, loin de là, mais un radical. Sa radicalité s’appuie sur une constatation simple, évidente : l’industrie de la viande détruit le monde. La révolte prônée est la nôtre. Une révolte pacifique, celle issue du seul véritable pouvoir dont nous disposons : ne pas acheter. En l’occurrence, ne pas ou ne plus consommer de bidoche ou, pour le moins, réduire significativement notre appétit carnivore.
Chaque bouchée d’une viande gorgée d’antibiotiques et d’OGM détruit notre Planète, c’est aussi simple que ça — c’est aussi terrifiant que ça.


Bidoche (L’industrie de la viande menace le monde), de Fabrice Nicolino, éd. Les Liens qui Libèrent 

Pour en savoir plus :  &


Christophe Léon

www.christophe-leon.fr


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