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LA CHRONIQUE DVD
du 26 mai 2009



Il est toujours extrêmement instructif et même réjouissant (ou déprimant, selon l’état d’esprit dans lequel on se trouve) de voir le porte-parle de la société Areva, anciennement Cogema, nous expliquer que tout va bien dans le meilleur des mondes nucléarisés. Finalement, le nucléaire est sûr, efficace, sans danger pour les populations et parfaitement respectueux de l’environnement. On en mangerait presque.

Niger : la bataille de l’uranium suivi de Le sortilège du jade, dans la collection Alerte verte, réunit deux films documentaires. L’un sur l’exploitation des mines d’uranium au Niger et l’autre sur le jade, pierre précieuse dont l’extraction dans les mines de Myanmar est un calvaire pour les esclaves qui y travaillent.

Niger : la bataille de l’uranium, de Nahan Siby, Frédéric Denis & Stéphane Manier nous amène sur la terre des Touaregs. Touaregs qui se sont vus depuis bientôt quarante ans amputés d’une partie substantielle de leur espace vital.
Basés en Mauritanie, ces hommes nomades se battent pour récupérer un peu du confortable magot, ayant abandonné tout espoir de retrouver un jour leurs terres — ou bien tellement polluées qu’il ferait meilleur de vivre sur Mars.
Areva exploite à Arlit des mines d’uranium, notamment à ciel ouvert. Autour de ces sites — gardés par l’armée nigérienne —, une population de 80.000 personnes s’est installée. La vie n’y est pas une sinécure, mais l’on peut se construire aisément une baraque en récupérant des matériaux provenant des usines toutes proches — bois, canalisations, etc. Le hic, c’est que ces matériaux sont fortement contaminés et présentent souvent des doses très élevées de radiations.
Sans compter l’eau. Une eau polluée par les infiltrations de matières radioactives. Une eau que les gens boivent. Une eau qui les tue à petit feu.
Mais l’exploitant veille au grain. N’a-t-il pas construit un hôpital ? Un hôpital qui dispense des soins gratuits. Un hôpital où un ou deux cas de maladie professionnelle ont été dépistés en 40 ans.
À Arlit, le travailleur peut dormir tranquille et mourir de tout, sauf… de la radioactivité. Le site serait, dans ces conditions, un havre de bonheur et de sécurité sanitaire. Mais bon, c’est occulter que tout le personnel de l’hôpital est payé par la société exploitante. Et de là à penser que les médecins hésiteraient à diagnostiquer des expositions à la radioactivité supérieures à la norme, il faudrait vraiment faire preuve de mauvais esprit.
Du reste, le porte-parole d’Areva a marché sur les terrils de boues extraites des mines. Comme Jésus Christ marchait sur l’eau. Et comme Lui, n’a ni coulé, ni grillé la plante de ses pieds, ni explosé ses génitales. Non, nous affirme-t-il, les boues sèchent vite à Arlit et forment une couche épaisse et dure — tout le monde sait que la radiation perd de sa nocivité au contact des boues séchées. Quasiment une cure gratuite de la thalassothérapie… alors, de quoi se plaint-on ?
Le film documentaire, Niger : la bataille de l’uranium, nous apprend comment, une fois de plus, le droit des peuples à vivre, à se nourrir et à éduquer ses enfants passe bien après les intérêts économiques des nucléaristes. Ces derniers ne sont jamais à court d’arguments pour nous prouver par a plus z que ce qu’on a vu, de nos yeux vu, est un mirage, une illusion d’optique orchestrée par ces fanatiques rétrogrades d’antinucléaires. Tout va très bien madame la marquise…

Le film, Le sortilège du jade, de Catherine Bloch, quant à lui, nous entraîne à Myanmar, région de l’or vert — le jade.
C’est clandestinement que la journaliste, avec l’aide d’un contact sur place, a filmé les conditions de travail des ouvriers. Et de conditions, c’est simple, il n’ y en a pas.
Pour tenir le coup, on se shoote. La dose d’héroïne à 30 centimes d’euro. Des hommes et des femmes se piquent, s’échangent les seringuent, s’infectent. C’est que la vie est cruelle à Myanmar. On meurt plus souvent qu’à son tour. Et pourquoi ? Pour du jade. Pierre verte. Pierre du désespoir pour les uns, de l’espoir pour d’autres. Pierre adulée par les collectionneurs et les « richards » asiates, pour le principal.
Ensuite, direction Hongkong. La plus grande vente au monde de Jade. Luxe. Décorum. Police, milice, organisées (pardonnez cette facilité, vieilles réminiscences issues de l’écoute répétitive du groupe Trust dans mes années 80). S’y vendent des pièces à plusieurs millions d’euros. De quoi à se faire une méga-overdose d’héroïne. Les enchérisseurs achètent du sang, de la sueur et des larmes. Oui, ce ne sont pas des pierres précieuses qui se négocient là-bas, mais de la souffrance humaine et de la mort.
À devenir vert (jade) de honte.



Niger : la bataille de l’uranium & Le sortilège du jade, Collection AlerteVerte pour un futur durable, DVD, AV distribution


Pour en savoir plus : www.alerte-verte.com et www.filmsengages.com


Christophe Léon

www.christophe-leon.fr