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CHRONIQUE du 28 février 2011








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Soutien-gorge, nuisette, lingerie féminine… L’entreprise est en redressement. Elle attend un éventuel repreneur, le tribunal devra statuer bientôt sur sa mise en liquidation ou la continuation de l’activité. Ils sont cinquante employés — cinquante emplois en danger.
La trame du documentaire de Mariana Otero, Entre nos mains, produit par Dark Star et diffusé par Diaphana Édition Vidéo, est un instantané des réalités du monde du travail. Combien d’entreprises, d’ouvriers et de cadres sont touchés par cette petite mort dont le bilan comptable est le linceul et  le système économique le fossoyeur ?
Les médias nous informent quasiment chaque jour d’une fermeture d’entreprise, de licenciements, de délocalisations et de plans sociaux. Tout ceci reste virtuel pour celui qui n’est pas concerné. L’abstraction pose un voile pudique sur la réalité : ce ne sont pas des emplois qui disparaissent, ni des unités de production, mais bien des personnes, avec leur sensibilité, leurs problèmes, leurs joies et leurs peines. Des êtres humains que la société du spectacle marchand, de la loi mortifère du marché, du toujours plus, du productivisme effréné et de la croissance absurde voudraient réduire à des pions sur un échiquier, de simples sujets qu’on déplace, « mange » ou échange.

La première qualité du documentaire de Mariana Otero est de mettre des visages sur ceux qui demeurent la plupart du temps des anonymes, des lignes dans un journal, quelques mots débités à la télé ou à la radio, au mieux des images fugaces de gens en colère revendiquant au-delà de leurs droits une certaine reconnaissance à exister.
C’est ensuite de nous montrer des salariés (des femmes en majorité, mais des hommes aussi) qui décident de prendre en main leur destinée. Les employés, tous « grades » confondus, vont tenter de s’associer et de créer une SCOP pour racheter leur entreprise en difficulté. La SCOP, un modèle de coopérative dont le socle pourrait se résumer par : un actionnaire égal une voix. Parité des droits quel que soit le montant investi. Dans le cas de cette entreprise, il s’agit d’un mois de salaire brut minimum.
Entre nos mains ne se contente pas de filmer la vie de l’entreprise dans cette période difficile et périlleuse. Le film suit avec tendresse, humour et souvent une charge d’émotion réelle les péripéties de l’aventure de ces cinquante travailleurs du « monde de l’entreprise », qui au fil des images recouvrent leur vraie nature, celle d’êtres humains à part entière.
Le simple fait de se parler, d’échanger, de travailler à un projet commun et au montage d’une SCOP insuffle au sein de cette entreprise une dimension d’humanité, de respect, d’écoute et d’entraide. Les épreuves ne sont plus celles des uns contre les autres, mais celles de tous. Les petits bonheurs se partagent. Les clans s’apprivoisent mutuellement. L’effort est collectif quand il n’était avant qu’une concentration pyramidale du travail.
D’individualités ouvrières, on est passé à l’apprentissage parfois douloureux d'un projet communautaire au service de tous et servi par tous. Non pas une utopie, un rêve ou un reliquat d’autogestion soixante-huitarde, mais à une action  collective pour la sauvegarde des emplois et, indirectement, la découverte de l’Autre — des Autres.
Et puis… il y a le chef d’entreprise. Celui par qui tout arrive et tout se délite. Un homme qui n’apparaît pas à l’image ou furtivement. Et comme on le comprend. Un patron avec ses qualités et ses défauts. Un chef qui ne veut pas être salarié de la SCOP, faut pas pousser l’entrepreneur dans les orties quand même !
De contre-propositions en coups sous la ceinture (ce n’est jamais explicitement démontré dans le documentaire, mais habilement suggéré), le boss encaisse difficilement de ne plus être un deus ex machina. Ce qui est remarquable c’est que Mariana Otero ne le stigmatise pas, elle le fait apparaître sous un jour nouveau : un pion qui s’agite en vain, l’employé de ses employés — malgré lui.

La caméra de Mariana Otero est sensible, jamais voyeuse, toujours au plus près de ce qui devrait être le moteur d’une entreprise. Les femmes et les hommes qui la créent, l’animent et la nourrissent. Le documentaire nous parle de solidarité, de liberté et d’espoir.
Entre nos mains est film où l’émotion côtoie la « dure réalité » des contingences économiques. Où les rapports humains tentent de vaincre cette espèce de déshumanisation organisée qu’est devenu le monde impitoyable et froid de l’entreprise.
À voir absolument.


Entre nos mains, un film documentaire de Mariana Otero, prod. Dark Star

Pour en savoir plus :



Christophe Léon
www.christophe-leon.fr




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Le site de Christophe Léon, animateur de L'Écologithèque

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