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L'écologithèque.com
LA CHRONIQUE DVD
du 16 septembre 2009




« Donnez-nous notre pain quotidien. » Par cette parole biblique peut se résumer le blanc-seing que nous, consommateurs, donnons à l’industrie agroalimentaire. Nous n’avons d’yeux que pour ce qui, au final, se retrouvera dans notre assiette. Veau, vache, cochon, maïs, œuf, poisson, etc. Nous voulons, tous les jours, pour presque rien, pour à peine 12% de notre budget familial, nous exigeons même d’être nourris. C’est un droit (du moins dans l’Hémisphère Nord) et un devoir pour les industriels, les agriculteurs, les paysans, les pêcheurs, les éleveurs… Pour encore une majeure partie d’entre nous — non pas nous les humains, mais nous les consommateurs — la faim justifie les moyens. Nous voulons nous en mettre jusque là. Un peu comme si nous étions les seuls êtres vivants sur cette Planète. En gros consommateurs, nous n’aimons l’animal que cuit, saignant ou à point. Le végétal bouilli, braisé ou conditionné. Nous ne respectons plus la Nature. En cela, nous ne respectons pas, non plus, la bête que nous sommes.
Notre pain quotidien, de Nikolaus Geyrhalter, chez One Plus One, nous plonge le nez dans notre assiette ou, plutôt, bien en amont de notre assiette. Là où la vie est sacrifiée afin que nous puissions survivre. Une plongée sur les pratiques agroalimentaires de la grande industrie — pourvoyeur de la malbouffe mondialisée.

Pas de commentaires, pas d’accompagnement musical, seuls l’image et le son pris sur le vif. Dans Notre pain quotidien, le spectateur est face à lui-même. On lui donne à voir et à penser. C’en est presque fascinant.
De la propulsion par canon à air (je suppose) des poussins nouveau-nés, jusqu’à leur ébectage (néologisme que j’emploie pour signifier qu’on leur coupe le bec), en passant par l’élevage en batterie de milliers de poulet et, enfin — images qui me rappellent le film Soleil Vert —, l’aspirateur à poulets, robot mécanique qui absorbe les volatiles pour les recracher dans des casiers, prêts à partir à l’abattage. Si j’osais, je dirai que « ça fout la gerbe. »
La truie, encagée qui allaite ses cochonnets. Plus tard, les cochons tués à la chaîne, débités à la chaîne, tronçonnés à la chaîne, éparpillés à la chaîne. Idem des bœufs, mais en plus grandiose, de l’industrie lourde, de l’extermination de masse.
Les champs de tournesols vaporisés de merdicides par avion ; les champs de maïs saupoudrés de biocides par des tracteurs tentaculaires ; oliviers secoués, branlés à mort, par des machines-araignées ; les tomates cultivées hors-sol, arrosées aux pesticides ; les concombres, les poivrons, les blés…

Et au milieu de tout ça, les hommes. En tenue de scaphandriers, en tabliers ensanglantés, torses nus, chapeautés ou en uniforme. Des hommes et des femmes qui n’ont plus rien d’humain. Eux aussi, par la force de l’industrie, de la mécanisation, de la robotisation, du dieu profit, sont devenus des robots, des servants, des exécuteurs. Bien sûr, je suppose, ils ne font pas ce qu’ils font par plaisir mais pour gagner leur vie. Les vrais responsables, ce ne sont pas eux. C’est nous. Nous les consommateurs. « C’est incroyable de penser qui si on ne l’achetait pas, ça ne se vendrait pas », disait, je crois, Coluche.
Nous, consommateurs sommes responsables de ces abattoirs à l’échelle mondiale, de cette agriculture intensive destructrice de la biodiversité, de ces pratiques bestiales qui nous rabaissent. Parce que ce ne sont pas eux, les animaux — incarcérés, torturés, tués dans des conditions ignobles —, qui sont des bêtes, mais nous et nos « besoins » insensés et notre facilité à nous cacher la vérité tant que l’assiette est pleine.

Notre pain quotidien, est un film documentaire magnifique. Il nous invite à nous poser nombre de questions.
Jusqu’où irons-nous ? Jusqu’où sommes-nous prêts à dévaluer le vivant ? Jusqu’où la technique va-t-elle nous mener ? Jusqu’où la publicité, le marché, la gabegie, la voracité, la sauvagerie et notre prétendue supériorité vont-ils nous entraîner ? Dans quelle mesure, la croissance et la consommation ne vont-elle pas, en fin de compte, nous détruire et, surtout, détruire tout ce qui nous entoure ? Et, enfin, de quel droit ?
Dans une société aseptisée en apparence, où les « saloperies » se perpètrent cachées — loin des yeux, loin de la conscience —, la vie, la diversité et le respect du vivant dans toute sa diversité ne sont-ils pas des buts vers lesquels tendre ?
Croire qu’on s’en sortira par la croissance, le développement  infini (durable ou pas), la consommation massifiée, le viol continuel de nos ressources naturelles, l’exploitation des plus faibles, l’amoncellement des richesses virtuelles, le pognon et la possession, revient à amputer l’avenir des générations futures, si ce n’est à préparer leur enterrement.

Notre pain quotidien, est un film documentaire incontournable. Ce qu’on y découvre devrait amener certains, je l’espère, à reconsidérer leurs habitudes d’achat. Si nous sommes ce que nous mangeons, espérons que nous ne mangerons plus ce que nous voyons dans Notre pain quotidien. Je l’ai déjà écrit, notre pouvoir d’achat est avant tout le pouvoir de ne pas acheter. C’est aussi un bulletin de vote — un vote pour la sauvegarde de la Planète.


Notre pain quotidien, de Nikolaus Geyrhalter, chez One Plus One, DVD

Pour en savoir plus : http://www.oneplusone.fr


Christophe Léon

www.christophe-leon.fr


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