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L'écologithèque.com
LA CHRONIQUE DVD
du 16 novembre 2009




Des jeunes en « difficultés », des anciens, un hameau valaisan — Ossona — des éducateurs, un agriculteur, l’Institut Don Bosco, la volonté d’une commune (Saint Martin) de créer un site agro-touristique, des chèvres, des vaches, des criquets, des papillons, des fromages, du foin, des maisons en bois, un barrage, des cloches, de l’eau, de l’herbe, de la sueur, des montagnes, la neige, le soleil...
On pourrait s’arrêter ici et laisser aux futurs spectateurs le soin de découvrir ce film documentaire de Jacqueline Veuve, Un coin de paradis…, produit par P.S. Productions et Aquarius Film Production.
C’est bucolique, presque un cliché de la Suisse telle qu’on se l’imagine en France. Des alpages, l’accent, le son acidulé des cloches des vaches et des chèvres, le travail de la ferme en altitude (900 m), les « vieux », ce qu’on appelle les anciens (de 75 à 91 ans) qui racontent leur temps, qui suivent à la jumelle les travaux, qui apprivoisent ces jeunes en «difficultés», échangent, plaisantent, rient…
Mais il y a plus derrière cette simplicité affichée et cette tendresse qui sourd des regards. Il y a cette volonté de quelques-uns de ne pas laisser se dégrader un héritage culturel et environnemental, de ne pas oublier la terre et ceux qui peinèrent à bâtir leur vie dans des conditions souvent rudes.
Ce projet d’aménagement d’un territoire en zone de développement durable (je préfère de gestion soutenable) est bien plus important à l’échelle de la Planète que toutes les transactions boursières, que toute la marchandisation, la globalisation, la rentabilité des marchés, les Wall Street et autres City.
À son échelle, ce projet est une œuvre humaine, de chair et de sang, de sens et d’intelligence.

Un coin de paradis… suit, de 2005 à 2008, l’évolution de la réhabilitation d’Ossona. Jacqueline Veuve filme les gens comme ils sont. Elle ne recherche pas l’effet. Elle n’est ni complaisante ni moralisatrice avec ces jeunes en perte de repères venue à Ossona à l’instigation de l’Institut Don Bosco. Elle a un regard à la fois tendre et plein de sollicitude pour ces « vieux » (Émile, Clémentine, Gabrielle, René…), qui voient leur hameau restauré. S’ils sont « du pays », les jeunes (Valentin, Llyods, Pedro, Soufi..), eux, sont originaires de divers horizons. Ce qui aurait pu être un choc de générations, de cultures et de tempéraments va s’avérer être une découverte mutuelle.
Mais l’intérêt de ce documentaire n’est pas uniquement social, il est aussi environnemental. On s’aperçoit qu’une volonté commune, celle d’un groupe de personnes, peut aboutir à la réalisation d’une réhabilitation respectueuse de la biodiversité. La Nature est présente à chaque étape du projet. Elle est l’essentiel de celui-ci. Même si les obstacles — financiers, administratifs et autres — sont nombreux, un paysan (Daniel) et la commune de Saint-Martin, maître d’œuvre, ont réussi à les dépasser.

Dans Un coin de paradis… l’interaction entre l’homme et la Nature n’est jamais source de conflits. Elle est riche, faite d’échanges : la Nature donne gratuitement, l’homme l’entretien en la respectant. Vu de loin, de nos villes, on pourrait juger ce documentaire naïf, plein de bons sentiments et un tantinet niaiseux. Pourtant, c’est exactement le contraire qui se passe. C’est à Ossona que la vie prend toute sa dimension. C’est dans cette vallée que l’humain, aussi bien à travers les anciens que les adolescents, trouve toute sa signification.
Un coin de paradis… pose aussi la question de la perte de la mémoire, des savoir-faire, des façons de vivre et de l’adaptation. À une époque où la standardisation de la société vit un âge d’or, on se met à rêver d’Ossona comme d’un possible modèle, d’un exemple à suivre et à méditer. Plutôt que de construire des ronds-points, des autoroutes, des buildings, plutôt que de vouloir posséder, acheter, dominer, pourquoi ne pas s’arrêter un instant, poser ses valises et reconstruire.
Rien de passéiste dans un tel dessein, simplement le besoin de ne plus être un consommateur passif, mais davantage un acteur de sa propre existence. Retrouver le sentiment d’être sur Terre, et de vivre en soi-même une expérience incroyable : celle de la vie.

Un coin de paradis… à voir avec des yeux émerveillés.


Un petit coin de paradis, de Jacqueline Veuve, DVD, chez P.S. Productions 

Pour en savoir plus : http://www.jacquelineveuve.ch/


Christophe Léon

www.christophe-leon.fr


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