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L'écologithèque.com
LA CHRONIQUE LIVRE
du 15 février 2010




« De gré ou de force, les sociétés humaines adapteront petit à petit leurs modes de fonctionnement : leurs politiques énergétiques, leurs agricultures, leurs politiques de transport, d’urbanisme et d’aménagement du territoire, leurs réglementations de l’habitat et bien sûr leurs modes de consommation. En un mot la civilisation se termine. L’ère suivante, l’ère post-fossile ou neo-climatique pourra-t-elle être civilisée ? »
Une question à laquelle il est difficile de répondre. La tendance actuelle, qui veut que les gouvernants des principaux pays pollueurs de la Planète ne sont pas prêts à abandonner leur « train de vie », peut faire penser que la barbarie est pour demain.
L’espoir viendrait plutôt des populations et des citoyens qui commencent à comprendre l’enjeu et à œuvrer dans le sens d’une plus grande responsabilisation. L’animateur d’un écocentre de ma région m’écrivait il n’y pas si longtemps : «Mon grand-père — qui avait vécu des horreurs — disait : "les pessimistes ont de la chance, ils n'ont que des bonnes surprises". »
Soyons donc des pessimistes heureux et agissons individuellement aussi bien que collectivement pour une meilleure cohérence de nos modes de vie, en consommant moins, en utilisant moins sa voiture, en mangeant bio et local, en eco-construisant, bref bâtissons ensemble l’avenir des générations futures.

Sur quelle planète vont grandir nos enfants ?, sous-titré Écologie, clef du futur, de Jean-Guillaume Péladan, paru dans la collection Prospective 2100 des éditions Ovadia, est un essai « d’anticipation ». Il s’articule autour de trois axes : 1) l’observation du monde actuel, 2) l’exploration de quelques uns des nouveaux modèles répondant aux défis de demain, et enfin 3) l’exploration de l’étendue et de la faisabilité des changements nécessaires vers des modèles de sociétés différentes.

L’analyse du monde actuel est parfaitement juste et aborde les nombreux sujets qui font que notre Planète subit chaque jour des atteintes irréversibles (pillage des ressources naturelles, nucléaire, gaz à effets de serre…).
Jean-Guillaume Péladan est diplômé, entre autres, de l’école Polytechnique et s’est particulièrement occupé de la gestion des déchets et du traitement des eaux. Il a donc toutes les connaissances théoriques et pratiques nécessaires pour envisager l’état de notre société, ses comportements et modes de vie, ainsi que les grands risques majeurs qui nous guettent.
« … s’il reste de bien des incertitudes, c’est surtout sur l’ampleur et le rythme du réchauffement climatique futur, et notamment sur les réactions d’emballement, qui pourraient renforcer l’effet de serre, comme par exemple la fonte du permafrost […], qui risque de relâcher le méthane qu’il contient. » Et encore : « Comme toujours, le marché aveugle propage aussi bien les solutions que les pollutions. Il propage sans aucun doute le stress hydrique mondial. »
L’auteur passe en revue les différentes causes qui sont à l’origine de nos problèmes environnementaux présents et futurs — gaz à effet de serre, pollution et rareté de l’eau, pétrole, agriculture chimique et intensive, etc.
Un tour d’horizon qui a le mérite, sans être exhaustif, de nous faire toucher du doigt la réalité de notre situation.

Dans la deuxième et troisième partie de Sur quelle planète vont grandir nos enfants ?, Jean-Guillaume Péladan inventorie les solutions déjà mises en place pour réduire notre empreinte écologique, mieux gérer nos déchets, mieux consommer et ne pas dévorer chaque année deux, trois ou quatre Planète pour l’assouvissement de nos excessifs et inutiles besoins matériels. Puis il propose des choix à faire pour demain. L’un d'eux, l’efficience fonctionnelle est certainement l’un des plus intéressants. Il consiste à considérer un objet non pas en tant que produit mais en tant que fonction. La voiture, par exemple, à pour fonction de nous conduire d’un endroit à un autre, quel intérêt y a-t-il à en posséder une ? «  [l’efficience fonctionnelle] constitue une des rares voies prometteuses permettant une poursuite du développement en réduisant son contenu unitaire en matière et en énergie. » L’auteur entrevoit le basculement de notre société vers les services au détriment de la production.
Une dernière citation qui nous renvoie à notre véritable condition : « Les nouveaux types de civilisations, pour être durables, devront intégrer la finitude de la planète et la communauté de destin que nous partageons avec elle. »

Petit bémol…  
Sur quelle planète vont grandir nos enfants ? m’a parfois laissé perplexe. Notamment quand l’auteur s’en prend plus ou moins à ceux qu’il appelle des écologistes « professionnels » ou « catastrophistes » et qu’il défend la « sagesse » de Claude Allègre quand celui-ci prend du recul face au GIEC. (Voir réponse de l'auteur ci-dessous)
De même quand il évoque la croissance et l’économie écologique, il me semble que Jean-Guillaume Péladan fait la part belle au monde de l’entreprise et à la société capitaliste, oubliant qu’aucune société ne peut changer sans d’abord faire sa « révolution » culturelle.
Je doute que la société capitaliste soit en mesure de nous garantir contre les mutations environnementales, l’effet de serre ou encore la pollution nucléaire. Bien sûr, il faudra travailler différemment, plus respectueusement et équitablement, mais cela ne peut pas s’appréhender et se faire en pensant en terme de croissance et de PIB.
L’économie écologique est d’abord une économie de la modération et de la décroissance soutenable. Il s’agit de faire mieux avec ce dont nous disposons, de préserver la Terre en ne cherchant pas dans l’écologie un moyen de croître indéfiniment.

Sur quelle planète vont grandir nos enfants ? pourrait se comparer à une boîte à outils. Certains sont à prendre et d’autres sont à laisser. Le livre mérite qu’on s’y intéresse.



Sur quelle planète vont grandir mes enfants ? (Écologie, clef du futur), de Jean-Guillaume Péladan, éd. Ovadia

Pour en savoir plus :




Christophe Léon

www.christophe-leon.fr



Je reproduis ici le message que m'a adressé le 3 février 2011 Jean-Péladan et prends donc acte de son commentaire:

Cher Monsieur,

J’ai découvert par hasard et bien tard votre commentaire sur mon livre “Sur quelle planète vont grandir mes enfants ?”

Je vous remercie pour l’intérêt que vous avez porté à mon ouvrage et pour la restitution de qualité que vous en avez faite.


Il n’y a qu’une chose qui m’a choqué dans cette restitution, c’est la phrase suivante :
Notamment quand l’auteur s’en prend plus ou moins à ceux qu’il appelle des écologistes « professionnels » ou « catastrophistes » et qu’il défend la « sagesse » de Claude Allègre quand celui-ci prend du recul face au GIEC.


Cette phrase contient deux éléments qui ne sont pas fidèles à ma pensée et que j’ai dû peut-être mal exprimer.
1 – j’appelle de mes vœux des écologistes vraiment professionnels, dont nous manquons encore cruellement. Beaucoup d’écologistes amateurs nuisent au débat par un discours plein d’amalgames trompeurs (par exemple, ceux qui lient réchauffement climatique et tsunamis – phénomène d’origine géologique qui n’a rien à voir avec le premier).
2- Claude Allègre en fait partie, et je ne défends pas sa sagesse. Au contraire, je démontre d’une manière factuelle, que j’ai souhaité non polémique, qu’il écrit aussi qu’il faut réduire les émissions de GES, comme Nicolas Hulot ou le GIEC. Il dit “Oui Monsieur Hulot” dans un livre qu’il vend en écrivant “Non Monsieur Hulot” sur un bandeau. C’est franchement scandaleux.

Aussi vous serais-je très reconnaissant de retirer ou adapter cette phrase à votre convenance.

Merci encore.

Bien cordialement.

Jean-Guillaume Péladan


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