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L'écologithèque.com
LA CHRONIQUE LIVRE
du 1er février 2010




« Le monde actuel est comme un arbre qui serait coupé de ses racines, suspendu et flottant en équilibre instable, suscitant un univers mental expurgé de toutes les grandes questions que l’homme se pose depuis ses origines : quant à son origine précisément et ses fins quant à ses droits, certes, aussi quant à ses devoirs, en particulier à ses devoirs vis-à-vis des générations qui suivront. »
Il est exact que nos sociétés ont réussi le tour de force de la dématérialisation. Notre monde actuel est le monde de la communication virtuel, des échanges rapides et de la consommation sans limites. Depuis des dizaines d’années, il est devenu particulièrement ringard de parler de « devoirs ». Nos droits sont absolus, du moins de ce côté-ci de l’hémisphère. Nous avons le droit de piller les ressources naturelles de la Planète, de modifier les gènes du vivant, de breveter celui-ci, de distordre la réalité d’une nature toujours considérée comme gênante. Nous urbanisons et construisons des centres commerciaux — super, hyper, gigamarchés — afin d’assouvir notre soif inextinguible de consommation. Nous détruisons les réserves halieutiques. Nous polluons, l’eau, la terre et l’air. Et pourquoi ? Parce que nous pensons en avoir le droit.
Il semblerait toutefois qu’il y ait un léger frémissement, une inversion de la tendance. De plus en plus de gens s’intéressent au sort de la Planète et à celui des générations futures. Certainement pas encore suffisamment, mais le monde virtuel est peut être en passe de redevenir un monde plus terrien, un monde de devoirs consentis, soutenables et durables.
Jean-Marie Pelt — l’auteur  du livre Carnet de bord d’un botaniste engagé et de Petite histoire des plantes (6 CD audio) réunis dans le coffret Petit histoire des plantes, paru aux éditions Carnets Nord — n’est pas étranger à ce changement.

Qui ne connaît Jean-Marie Pelt ? Carnet de bord d’un botaniste engagé devrait nous le faire découvrir plus intimement. Ce livre de 86 pages, illustré de photos en noir & blanc, est un ouvrage sensible dans lequel l’auteur né à Rodemack, se dévoile avec une sorte de tendresse. Une tendresse dirigée vers les êtres vivants qui l’entourent, les hommes bien sûr, mais aussi les plantes dont il est un passionné au point de nous passionner à notre tour.
Dans Carnet de bord d’un botaniste engagé, il est aussi question de son engagement en tant que scientifique, mais surtout en tant que citoyen œuvrant pour la biodiversité. « … lorsque je me rends à nouveau au lieu précis où j’avais récolté telle ou telle espèce, celle-ci a disparu car les herbicides sont passé par là. Fidèles à l’étymologie de leur nom, ces produits aussi qualifiés de phytosanitaires, ce qui est plus respectable, ont tué les herbes comme l’indique le suffixe “cide” de leur nom. »
Jean-Marie Pelt, depuis de longues années, a pris la défense de la Nature et, par conséquent, celle des hommes. « Tel fut, au cours de ces dernières années [la réduction de l’emploi des pesticides], l’un de mes engagements majeurs relayé par des positions en faveur de l’agriculture biologique. Un faisceau d’études récentes montre que les produits qui en sont issus ne contiennent pas de pesticides — à l’exception parfois de traces infimes —, ce qui n’est nullement le cas des légumes et des fruits issus de l’agriculture conventionnelle. »
On ne le dira jamais assez, l’agriculture biologique est bonne pour notre santé et pour la Planète.

Jean-Marie Pelt possède la particularité, très rare de nos jours, d’être un gentil. Ce mot qu’on emploie trop souvent dans son sens péjoratif est chez lui une qualité d’exception. S’il le fallait, Carnet de bord d’un botaniste engagé nous le prouve à travers la lecture de ses pages qui sont un enchantement, le terme n’est pas trop fort, mais aussi une succession de petits bonheurs à déguster sans modération. L’empathie qui s’en dégage nous soulage d’un monde où concurrence et compétition sont devenues les moteurs de nos existences laborieuses.
Jean-Marie Pelt est donc un gentil mais un gentil qui a des convictions et qui ne mâche pas ses mots quand il s’agit de les défendre. « Et si cet homme si auto-satisfait n’était en réalité qu’un nain frénétique et agité devant ses écrans, mais sourd et aveugle à ce qui fait l’essentiel de la beauté de la vie et du bonheur ? » Ou encore : « La diversité, c’est l’aptitude à accepter l’autre comme différent de soi, sans pour autant renoncer à ses propres valeurs, mais en s’efforçant de rencontrer celles de l’autre. » À une époque où le débat, malvenu et mal préparé, sur l’identité nationale divise plutôt qu’il ne réunit, Jean-Marie Pelt parle de tolérance et de respect mutuel. De cette diversité qui est notre richesse et que nous devrions aussi bien cultiver chez les humains que chez les plantes et les animaux.

L’autre véritable bonheur de ce coffret est cette Petite histoire des plantes racontée par l’auteur. Des cd audio, au nombre de six, dans lesquels Jean-Marie Pelt, avec son talent habituel, nous fait pénétrer l’univers fascinant des plantes.
Ce sont 6 fois 56 minutes de découvertes. Tous les thèmes abordés — de l’Histoire des plantes jusqu’aux Drogues et plantes magiques — donnent matière à s’émerveiller à la fois de la complexité de la Nature, mais aussi de s’apercevoir que celle-ci n’est pas, comme on l’a trop longtemps cru, une jungle où la loi du plus fort domine, mais un espace d’entraide mutuelle et de commensalisme.

Pour terminer, une dernière citation : « … l’écologie a réintroduit dans le débat sociétal l’idée de solidarité à laquelle se réfère les théoriciens de l’économie solidaire qui, il y a plus d’un siècle, fondèrent coopératives et mutuelles selon un mode éloigné du mode de production capitaliste. »
Une autre vision du monde n’est pas seulement possible, elle est urgente.

Le coffret Petit histoire des plantes est tout simplement un régal.

Petite histoire des plantes, de Jean-Marie Pelt, éd. Carnets Nord

Pour en savoir plus :




Christophe Léon

www.christophe-leon.fr


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