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L'écologithèque.com
LA CHRONIQUE DVD
du 27 avril 2009

La question est de savoir si nous acceptons que des entreprises commerciales, dont l’unique but est de réaliser des profits, peuvent breveter le vivant. Si une minorité, sous prétexte d’un droit au commerce et à l’appropriation scientifique, peut s’accaparer des organismes vivants, connus depuis des siècles, pour en faire une propriété privée. Si des multinationales occidentales sont légalement en mesure de devenir des biopirates sans que nous réagissions. Végétaux et animaux peuvent-ils appartenir exclusivement à un groupe, une poignée de financiers, un fond d’investissement ou une entreprise agrochimique ? Peut-on piller les ressources de la biodiversité sans que personne ne s’y oppose, ne serait-ce que pour des raisons éthiques ? A-t-on oublié que l’Homme est un animal et qu’un jour une société déposera un brevet sur une partie de son ADN — ce jour-là nos fils s’appelleront tous Corporation ou Société Anonyme ? De quel droit, par quel tour de passe-passe des apprentis sorciers jouent-ils avec le vivant, le triturent-ils et osent-ils affirmer que tel légume, tel fruit, telle plante, telle racine, tel insecte, etc. sont leur propriété ? L’avenir de l’humanité se résume-il à l’amoncellement de biens matériels et au pillage de la Nature et de la biodiversité ?

Les pirates du vivant réunit deux reportages de Marie-Monique Robin (auteur et réalisatrice du Monde selon Monsanto). Ce questionnement, il nous y invite en nous donnant accès à des faits qu’il n’est pas trop fort de nommer révoltants.
Le premier documentaire, Les pirates du vivant, nous entraîne au Mexique et dans le monde du haricot. Jaune, le haricot. L’histoire est simple : un jour, un quidam, agriculteur américain (paraît-il) de son état débarque au Mexique, achète un paquet de haricots mélangés et, oh ! surprise, « découvre un haricot jaune ». Le brave fermier (des milliers d’hectares en culture) rentre chez lui, plante le haricot et « s’aperçoit » que la plante pousse chez lui. Deux ans plus tard, il dépose à New York un brevet sur ce fameux haricot jaune. Celui-ci est validé. Et voilà notre poor lonesome farmer qui s’en va demander à des paysans mexicains des royalties sur des haricots jaunes qu’ils cultivent depuis des millénaires…
Nous partons ensuite en Inde où une firme de pharmacologie et de cosmétique a breveté une molécule provenant d’un arbre séculaire que les paysans utilisent comme pesticide naturel et biologique et la population comme remède ancestral multifonction. Je conseille tout particulièrement le moment où le Président de l’organisme accordant les brevets en Europe déclare que ses « experts » ne savaient pas que cet arbre existait auparavant et que ce n’était pas une « invention ». À croire que les brevets en Europe sont donnés par des chauffeurs de bus ou des moniteurs de tennis… Cynisme et « conneries » sont les deux mamelles de la mauvaise fois.
Ce sont des indigènes d’Amazonie qui, à la fin du reportage, nous offrent un bel exemple de sagesse, de tolérance et d’intelligence, qualités humaines dont nous semblons avoir été dépouillées dans notre société occidentale de surconsommation.
La biopiraterie est une nouvelle forme d’asservissement commercial, culturel et cultuel — laisserons-nous encore longtemps faire ?

Le second documentaire, plus court, Argentine : le soja de la faim, nous montre comment une firme multinationale peut imposer et son désherbant et ses semences transgéniques à un État, à ses paysans et à la population entière. Nous découvrons la catastrophe, aussi bien en termes d’écologie que de bilan humain, engendrée par ce soja : la dévastation de la moitié des terres cultivable d’Argentine, ainsi que les maladies dues à l’épandage du glyphosate  par avion — fausses couches, mort foetale précoce, problèmes respiratoires, de peau, ou de la thyroïde.

Alerte Verte pour un futur durable est une collection de DVD documentaires essentielle dans une dvdthèque. Des DVD à prêter, conseiller, plébisciter autour de soi. Ce qui ne gâte rien, le distributeur explique être davantage motivé par une démarche militante que par une pure démarche commerciale — un très bon point…




Christophe Léon
www.christophe-leon.com


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