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L'écologithèque.com
CHRONIQUE LIVRE
du 14 avril 2010




« La protection des espèces animales sauvages est un devoir primordial de l’humanité, menacée par une perte sans précédent de biodiversité. […] l’ours brun, dont la population ne peut plus ni se renouveler ni s’étendre, est en danger d’extinction immédiate dans les Pyrénées françaises. »
Qui n’a pas eu dans sa jeunesse un doudou ours ? Une peluche ours sucée et resucée jusqu’à la corde, sans laquelle s’endormir relevait d’une expérience cauchemardesque. L’ours fait partie de notre imaginaire, tout autant que le lion, l’éléphant et quantité d’autres animaux en voie d’extinction. Les grands animaux ne sont pas seulement des entités vivantes, ils sont aussi des éléments indissociables de notre univers métaphorique, des constituants de l’essence même de ce que nous sommes.
« … une forêt sans ours est un lieu désenchanté, qu’un monde vrai ne peut exister sans animaux libres et sauvages.» Un monde vrai… C'est-à-dire un monde qui ne se réduit pas à des autoroutes sillonnées de bagnoles, un monde où la technologie inutile et le scientisme ont noyauté nos vies quotidiennes, un monde productiviste pour qui une grenouille, un loup, une tortue, un lynx ou un ours ne comptent pas, un monde triste, appauvri, sans saveur, sans joie et où le bonheur se réduit à l’avoir au détriment de l’être. Un monde vrai, lui, est peuplé d’une faune sauvage libre avec laquelle l’homme cohabite en bonne harmonie. Où la co-évolution est rendue possible. Où l’empathie règne entre animaux (nous et eux). Loin d’être une utopie, ce monde vrai est certainement notre seule chance de survie, et la biodiversité notre unique planche de salut.

Plainte contre la France pour défaut de protection de l’ours des Pyrénées, dans l’excellente collection Radicaux libres des éditions IMHO, est un dossier collectif qui reprend et expose les faits, exposant comment les associations de défense de l’ours ont été amenées à porter plainte contre la France devant la Commission Européenne.
Les anti-ours sont minoritaires dans les faits. Leur seul atout est de s’être constitués en lobby puissant qui a ses entrées au sein du pouvoir.
Qui sont-ils ? Tout d’abord des chasseurs, qui pour rien au monde n’abandonneraient le privilège d’assassiner pour le plaisir des êtres vivants, dans n’importe quelles conditions et à n’importe quel prix, fusse-t-il celui de la disparition des ours.
Viennent ensuite ceux qui se nomment bergers (pas tous fort heureusement), qui bien souvent laissent leurs troupeaux sans surveillance sur le territoire des ours. Ceux qui militent pour un ultra-pastoralisme envahissant.
Et encore, les promoteurs, les stations de ski ou les organisateurs d’un tourisme vert de masse.
Et enfin l’État, qui à force de vouloir concilier l’inconciliable se rend coupable d’impuissance, sinon pire. L’État qui fait un pas en avant et deux en arrière. L’immobilisme et l’attentisme étant dans ce cas le meilleur moyen d’aider à la disparition de l’ours des Pyrénées.

Plainte contre la France pour défaut de protection de l’ours des Pyrénées s’applique à démonter dans les faits que la Nature n’est pas un jardin. Le monde rural, à vouloir la domestiquer, est en train de scier la branche sur laquelle il est assis. L’ours vivait dans les Pyrénées françaises certainement bien avant l’homme. La colonisation de son espace est non seulement une atteinte à sa survie mais aussi à la nôtre. En détruisant systématiquement les écosystèmes, nous réduisons considérablement les chances d’un avenir «heureux» pour les générations futures.
Le combat des associations pour la sauvegarde de l’ours peut paraître vain et anecdotique. Mais ne nous y trompons pas, ce combat-là est primordial. À travers l’ours, c’est la biodiversité dans son ensemble qui est défendue. L’ours est à la fois un symbole et une nécessité. Plainte contre la France pour défaut de protection de l’ours des Pyrénées est essentiel pour comprendre les raisons de cette extinction programmée et se représenter clairement les forces en présence qui s’affrontent parfois violemment (la violence étant toujours du côté des anti-ours).

Le dossier est suivi d’un texte de Stéphan Carbonnaux, Le pays des forêts sans ours qui éclaire affectivement et localement la situation de l’ours dans les Pyrénées.
« Sous réserve de ne pas céder à l’écologiquement correct, comme il est souvent d’usage, il me semble qu’il n’était pas inutile, ni présomptueux, d’écrire une nouvelle fois sur la situation de l’ours dans les Pyrénées. »
C’est à travers l’expérience et le vécu militant de l’auteur qu’est retracé l’historique du combat mené pour et contre les ours. Le récit est à la fois précis, détaillé et humain : « Je suis toujours surpris que l’amour de la nature laisse de marbre une part non négligeable de la population, et, bien plus grave, que certaines personnes luttent farouchement pour la suppression de toute présence d’ours dans les Pyrénées. »
L’auteur de Le pays des forêts sans ours nous fait toucher du doigt l’ampleur du désastre et de la colonisation par l’homme des espaces naturels au détriment de la faune sauvage et donc de l’ours. Ce n’est pas seulement l’ours qui est atteint, mais aussi notre cadre de vie, notre droit le plus élémentaire à vivre en harmonie au sein d’une Nature insoumise à nos appétits exorbitants.
« Le retour de l’ours sera celui d’une liberté retrouvée… »


Plainte contre la France pour défaut de protection de l’ours des Pyrénées (Collectif), suivi de Le pays des forêts sans ours, de Stéphan Carbonnaux, col. Radicaux libres, éd. IMHO

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