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LA CHRONIQUE LIVRE
du 2 juin 2009



« Raconter l’Amazonie, c’est raconter les pilleurs qui s’y sont succédés, l’histoire toujours répétée des hommes qui veulent tout avoir. Ils ont commencé en sentant la vanille, puis en cherchent des femmes accessibles. Ils se sont laissé emporter à traquer l’or puis le caoutchouc. Ils sont aujourd’hui remplacés par des multinationales encore plus fortes, encore plus anonymes, encore plus destructrices. »

La forêt amazonienne constitue sûrement le plus urgent défi que nous ayons à relever pour la sauvegarde de la biodiversité et pour la conservation de notre « maison » la Terre.
Cette région du monde, que certains nomment « le poumon de la planète », est en péril. Cataclysme ? Maladies ? Fatalité ? Non. Le principal, pour ne pas dire l’unique, prédateur de l’Amazonie est l’homme, porteur du virus le plus désastreux et mortifère qui soit : l’argent-roi. « Elle [l’Amazonie] n’est sans doute pas à la mesure de l’homme. Est-ce pour cela qu’il s’acharne à l’abaisser, à cracher à la face de cette immensité pour la commercialiser, l’esclavager, la transformer en simple source de profits ? »

Amazonie une mort programmée ?, d’Hubert Prolongeau, n’est pas un simple cri d’alarme. C’est aussi et surtout la mise en avant d’une tare : la cupidité. Tant que la destruction de cette forêt unique rapportera plus en terme de profits que sa préservation, sa mort lente restera inexorable. Les beaux discours, les imprécations des dirigeants et même les efforts des ONG et autres défenseurs de la nature demeureront lettre morte. S’il n’y a pas de fatalité au pillage organisé de la biodiversité et des richesses amazoniennes, il y a incontestablement une volonté (gouvernements, multinationales, gros propriétaires terriens…) d’épuiser ses ressources autant que cela est possible et rentable. « Entre août 2007 et août 2008, 8 147 hectares ont été déforestés.»
Il faut avouer que cette forêt n’a rien pour passer inaperçue. D’abord son immensité, qui ne permet pas au premier coup d’œil de prendre la mesure de la gangrène. Pour ce faire, il faut la survoler. Ensuite ses richesses : bois, or, plantes médicinales, espèces animales, végétales…  Autant de bijoux étincelants qui attirent l’attention des « collectionneurs ». «La déforestation, c’est 4 000 à 6 000 de ces espèces [animales et végétales] de perdues chaque année. »
Alors oui, « On peut et doit crier avec les Cassandre qui prédisent l’extinction de la planète. Le danger est là. Très réel. Une partie de l’Amazonie a déjà été sacrifiée et ne sera jamais plus. »

Hubert Prolongeau a effectué plusieurs séjours sur place. Un avantage considérable sur nous, pauvres péquins, qui n’avons de l’Amazonie qu’une idée sommaire, lointaine et virtuelle. On pense d’abord à l’oxygène… Mais comment se rendre compte que l’Amazonie apporte plus de 20 % de l’humidité totale à notre écosystème, sinon en lisant Amazonie une mort programmée ?
Loin des yeux, loin du cœur selon le dicton populaire. Auquel il faudrait ajouter dans le cas de l’Amazonie : loin des yeux, plein les poches des exploiteurs.
Un chapitre du livre s’intitule « Massacre à la tronçonneuse». On y apprend que 85 % du bois extrait d’Amazonie l’est illégalement. Oui, bon, c’est malheureux, mais nous, Français, ne sommes pas responsables… et pourtant : « On se souvient, exemple parmi tant d’autres exemples imbéciles, que les architectes de la bibliothèque François-Mitterrand ont obtenu pour en faire les arches du bois précieux africain et amazonien venant d’exportations illégales et de forêts anciennes. »
Il en va donc aussi de notre responsabilité. C’est en refusant d’acheter ce bois précieux, provenant de ces forêts essentielles, que nous pouvons agir directement et à notre échelle sur les déforestations. Idem pour l’or, le soja, la viande… Il ne faut pas oublier que la demande justifie le massacre. Pas d’acheteurs, pas de marchés.
Le citoyen occidental est pour beaucoup responsable de la mort programmée de la forêt amazonienne et, par extension et accumulation de nos pollutions, de notre espèce. (Il n’est pas inutile de rappeler encore une fois que 86 % des ressources de la Planète son dévorées par moins de 20 % de ses habitants.)

Amazonie une mort programmée ?, n’est pas uniquement un état des lieux. Le livre nous permet de mieux appréhender les phénomènes, pas si complexes que ça, qui font que l’Amazonie meurt. Une mort asphyxiante…
Les brûlis transforment la forêt en savane. La luxuriance devient désert. Les élevages de zébus nécessitent un défrichage inconsidéré. Les monocultures envahissent l’espace. Le soja est roi. « Aujourd’hui, le prédateur le plus dangereux est le soja, qui a déjà dévoré trois États. Demain, il est à craindre que les biocarburants prennent les relais. » Notre survie se heurte partout et toujours au même problème : l’agriculture intensive et capitaliste qui relègue l’agriculture vivrière au rang anecdotique d’une pratique rétrograde. Il ne reste qu’à espérer qu’un jour notre estomac digérera les billets de banque.
Sans compter (ils comptent si peu) les peuples amérindiens, leur appauvrissement et leur mise en esclavage. L’or, le bois, la biopiraterie ont fait des habitants de l’Amazonie quantité négligeable et corvéable à merci.

On pourrait allonger la liste des méfaits : pesticides, mercure, OGM… Amazonie une mort programmée ? fait l’inventaire de notre incurie. Il ne suffit plus de dire je ne savais pas ou qui puis-je ou après moi le déluge pour se dédouaner. Maintenant on sait, on peut et le déluge est pour demain.
Le livre d’Hubert Prolongeau devrait nous aider à prendre conscience que l’exploitation abusive de la forêt amazonienne est un assassinat en règle de la biodiversité mais aussi, ce qui peut-être nous fera davantage réagir, des générations futures… nos enfants.

Amazonie une mort programmée ?,  d’Hubert Prolongeau, éd. Arthaud

Pour en savoir plus : http://www.arthaud.fr/


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Supplément lecture :

« Notre planète ne cesse ainsi de servir de réceptacle et de dépotoir à une multitude de produits et déchets biodégradables ou non. »

Le livre noir de l’environnement, d’Henry Augier, sous-titré État des lieux planétaire sur les pollutions, aux éd. Alphée/Jean-Paul Bertrand est un ouvrage roboratif. Une espèce d’inventaire à la Prévert des substances polluantes qui empoisonnent notre vie — un inventaire toutefois terrifiant de ce que l’homme est capable de produire de plus nocif et de plus mortel.
Un gros livre en compagnie duquel il faut passer du temps. On ne peut pas aligner impunément les pages les unes à la suite des autres. L’écœurement guette. Non pas celui d’un trop plein, mais plutôt celui de faire partie de la branche animale, dite supérieure, capable — si elle ne prend pas les mesures indispensables pour rendre le monde tolérable et la planète habitable à notre descendance — de s’autodétruire et avec elle les êtres vivants qui l’entourent.
Les polluants, pris en dehors de leur contexte, ne sont que des noms, des matières et des fluides. Accompagnés de la relation des drames qu’ils ont engendrés (Minata, Sandoz, Itaï Itaï, Tanio, etc.), l’abstraction se fait plus réel, la mort plus prégnante. Il ne suffit pas d’entendre à la radio ou de voir à la télé des faits divers, marée noires, explosions et autres contaminations, faut-il encore aborder en profondeur toute l’étendue du désastre, en faire un relevé et examiner les conséquences.
C’est que fait Henry Augier dans Le livre noir de l’environnement tout au long de ses six cents pages.

« Comment expliquer qu’on soit capable de décrocher la lune (en 1969) et incapable de prévoir que des milliers d’humains allaient mourir empoisonnés par les pesticides à base de mercure ? Comment a-t-on pu domestiquer l’énergie nucléaire et en même temps déclencher des catastrophes aussi ignobles que celles de Tchernobyl, d’Hiroshima et de Nagasaki ? »
À travers toutes les données scientifiques et toutes les connaissances  sur le désastre environnemental dû aux pollutions chimiques industrielles rapportées dans ce livre, c’est bien de cela dont il est question. Comment l’homme a-t-il pu à ce point se méprendre sur la portée de son action ? Comment ou pourquoi en a-t-il trop souvent minimisé les effets ?
Peut-être n’y a-t-il pas une seule réponse, mais de nombreuses : scientisme, cupidité, rapacité, égoïsme… Il me semble que l’une des principales raisons qui affectent notre devenir et risque de nous priver de notre terrain de jeu — la Terre — est, comme le stigmatise Henry Augier dans son épilogue, ce « mangez-vous les uns les autres » qui domine notre pensée et nos modes de fonctionnements.

Le livre noir de l’environnement est vraiment noir. D’aucuns pourront dire que l’auteur fait dans le catastrophisme et le pessimisme — cachez ce mercure, plomb, PCB, biocide, dioxine, amiante, OGM, nitrates, détergents, radioactivité et tout le reste que nous ne serions voir. Pour vivre heureux, vivons inconscients.
La meilleure façon de dominer le monde et de le polluer est d’organiser et de gérer l’ignorance. Moins de gens savent, plus de gens s’enrichissent en détruisant la Planète.
Le livre d’Henry Augier est assurément un moyen de s’informer, de découvrir, de s’instruire et de prendre la mesure du ou, plus exactement, des dangers qui nous menacent dans notre quotidien. Un livre de chevet, sans nul doute.

Le livre noir de l’environnement, sous-titré État des lieux planétaire sur les pollutions,  d’Henry Augier, aux éd. Alphée/Jean-Paul Bertrand 

Pour en savoir plus : http://www.editions-alphee.com/



Christophe Léon

www.christophe-leon.fr



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