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L'écologithèque.com
LA CHRONIQUE LIVRE
du 12 mai 2009


« Produire et consommer localement est également un acte politique, écologique, éthique et un acte de résistance pacifique à tous les systèmes qui tirent leur puissance économique de la confiscation du droit des peuples à se nourrir par eux-mêmes. »

Conscience et environnement, de Pierre Rabhi réunit des textes et des lettres écrits entre 1999 et 2004. Une suite, une superposition, une juxtaposition d’écrits qui nous entraîne dans le monde poétique et militant de cet agriculteur bio devenu un « sage ». Pour une fois, le mot « sage » n’aura jamais si bien habillé un de nos contemporains. Pierre Rabhi est avant tout un humaniste. Un homme qui appuie sa réflexion et sa pensée sur son expérience, ses rencontres et une certaine idée de la vie en commun et du partage. Fondateur de l’Association Terre et Humanisme, voilà des années que Pierre Rabhi milite pour une agriculture vivrière, respectueuse de l’environnement et des hommes.

« Loin de s’infléchir, de s’orienter rationnellement, la technoscience poursuit ses prestidigitations, fascinant de ses prodiges, substituant le virtuel au tangible, confisquant chaque jour un peu plus au citoyen ses pouvoirs naturels et légitimes d’être l’intendant de sa présence au monde et jusqu’à sa capacité de survie. »
IL est bien question de cela. La technoscience, sous le prétexte fallacieux que tout « progrès » est nécessaire, assure que puisqu’on peut le faire : faisons-le. Elle ajoute, mais moins fort et à destination des sociétés transcontinentales et des actionnaires voraces : et profitons-on.
Pierre Rabhi prévient des menaces crées artificiellement par la biologie et les manipulations génétiques, par l’avidité de certains et par la soumission à la loi des marchés économiques. Il le dit d’une voix douce mais résolue. Conscience et environnement n’est pas un livre dogmatique, mais un livre de poésie universelle. L’auteur possède cette certitude intérieure qui fait que ses écrits mettent en œuvre une poétique humaniste qui, pour certains matérialistes, pourrait paraître désuète, voire ridicule. C’est tout le contraire. Parce que ce que dit Pierre Rabhi est juste et profond, sa musique qui, chez un autre, serait une bluette insipide, est chez lui une symphonie. Sans mâcher ses mots, l’auteur n’agresse jamais, n’impose jamais, ne pontifie jamais. Pierre Rabhi est un homme bon.

« Intégrer les énergies renouvelables dans les projets de développement, exiger une nourriture biologique saine obtenue sans nuisance pour la terre, les eaux, l’environnement naturel ne peut être constamment relégué à une utopie d’ “écolo ”. » Ce serait même raisonnable de le faire dès maintenant.
Comment admettre qu’un yaourt servi dans une cantine scolaire du Périgord ait parcouru des centaines, voire milliers, de kilomètres ? Le lait provenant d’ici, la transformation de là et la mise en pot d’ailleurs. Le jour où l’énergie fossile sera à son juste prix, ou bien lorsque les réserves de cette énergie (principalement le pétrole) seront épuisées, combien coûtera un pot de yaourt ? Allons-nous encore longtemps, pour la rentabilité, le profit immédiat et la destruction du lien social organiser notre commerce, nos échanges et nos modes de vie de façon aussi totalement insensée ?
« Perdre sa vie en voulant la gagner n’est pas une formule gratuite, elle correspond à un fait que la crise exaspère. Produire et surproduire pour consommer et surconsommer en générant nuisance, dissipation des ressources et déchets à l’infini ne peut constituer une logique à laquelle nos vies doivent être sacrifiées. » La question qui se pose est de savoir si nous sommes prêts à nous laisser dévorer par la bête immonde de la consommation à outrance ? Croître, enfler, grossir, posséder toujours plus, pourquoi ?

Conscience et environnement, n’est pas un ouvrage pessimiste, au contraire. Des solutions existent. Elles demandent simplement que nous réapprenions à n’être que des hommes. Que nous cessions de nous croire omniscients, parfaits, insurpassables. « … il n’est pas impossible que nous soyons, par manque de précautions, de modestie et d’intelligence, les auteurs d’une combinaison apocalyptique, d’un accident biologique majeur. » Savoir partager et limiter nos besoins, apprendre des autres et les respecter, sortir de cette société monétariste, briser les lois immorales du marché économico-mercantile, donner à tous et à toutes les moyens d’exister et de se développer, éduquer différemment nos enfants hors du champ tyrannique et mortifiant de la compétition à outrance voilà quelques bases solides sur laquelle l’humanité devrait s’appuyer.

Pierre Rabhi n’est ni un prophète ni un gourou, simplement un homme parmi les hommes — ce qui est déjà une gageure dans une société qui pousse l’individu à, non pas se surpasser, mais à surpasser l’autre, son prochain dont elle a fait l’ennemi à abattre. À travers la mondialisation sauvage, l’exploitation rapace de l’humain, de la nature et de ses ressources par une (grosse) poignée d’hommes avides et irresponsables, notre espèce pourrait bien s’autodétruire.
« Le problème n’est pas de changer notre organisation matérielle, nos structures ou nos outils. Ce qui sauvera l’humanité, c’est une conscience », écrit Pierre Rabhi.
Peut-être cette conscience nouvelle passe-t-elle par l’insoumission à tous les monopoles et à tous les diktats du totalitarisme marchand.


Conscience et environnement
, de Pierre Rabhi, aux éd. le Relié poche, collection Sagesse, 2009


· En savoir plus : 

Association Terre et Humanisme

Association Les Amanins

Mouvement d’Appel pour une Insurrection  des Consciences



Christophe Léon

www.christophe-leon.com