Aller sur la page d'accueil de
L'écologithèque.com
CHRONIQUE LIVRE
du 6 octobre 2010




«  La majorité des gens ne possède pas de terre. La plupart d’entre nous vivent dans des cités et ne détiennent pas de jardin à eux. Nous demandons plus à cette planète qu’elle n’a d’espace et de ressources à offrir. La guérilla jardinière est une lutte pour les ressources, une bataille contre la rareté de la terre, la destruction de l’environnement et le gaspillage des opportunités. C’est aussi un combat pour la liberté d’expression et la cohésion sociale. »
Ainsi définit Richard Reynolds dans son livre La guérilla jardinière, paru dans la collection Société civile des éditions Yves Michel, la forme de guérilla particulière qu’est la guérilla jardinière.
Dites-le avec des fleurs, des tomates, des courgettes ou des choux… Pour les acteurs de cette guérilla, il est évident que « small is beautifull » et que l’action se mène le plus souvent à échelle humaine. Leurs champs de bataille sont des terrains vagues, des terres abandonnées ou des terrains privés.
On pourrait simplifier l’objet de cette désobéissance civile en disant qu’il s’agit de la culture illicite du bien d’autrui.

Dans la première partie du livre, Richard Reynolds détaille les origines du mouvement ainsi que ses raisons d’être et d’agir, qui sont multiples et dont les acteurs viennent de tous les groupes sociaux et de tous les horizons.
La guérilla jardinière est d’origine biologique « au sens où elle ressemble à un organisme vivant. […] … les jardins de guérillas se propagent et s’adaptent aux conditions locales. »
Les guérilleros jardiniers combattent pour diverses motivations : se nourrir, militer, embellir… « Qu’ils visent d’abord un but social ou qu’il s’agisse d’un effet de bord d’un hobby en solo, la plupart de ceux qui jardinent dans l’espace public ont conscience de leur rôle dans la communauté. »
Pour beaucoup la guérilla jardinière constitue un moyen de survie, une lutte contre la faim. Mais il y a aussi ceux qui désirent jardiner pour atteindre à l’autosuffisance. Une culture vivrière qui découle d’une opposition au mode de marchandisation alimentaire et à l’agrochimie dominante et polluante. « L’augmentation des prix, la réduction de la dépendance aux grands supermarchés et à la consommation de nourriture dont on est sûr qu’elle est saine sont de puissantes incitations à cultiver soi-même. »
Que sont devenus les jardins de « grand-mère », les jardins ouvriers et autres cultures individuelles ou collectives qui, outre de donner à manger en suffisance à une famille ou à une collectivité, offraient un lieu d’échange et de partage ? N’ont-ils pas trop souvent été remplacés par des parkings, des immeubles de bureaux ou des centres commerciaux inhumains tant sur le plan des conditions de travail que sur celui du respect de la Planète (en favorisant, par exemple, le productivisme agricole, les pollutions chimiques et l’exploitation des hommes dans les serres d’Almeria) ?

« La plupart des guérilleros jardiniers tiennent principalement tête à deux ennemis… : la rareté et le délaissement. » Une rareté que la distribution inéquitable des terres rend de plus en plus inquiétante, et qui pourra même dans le futur entraîner famines et guerres (pas du tout jardinières celles-là).
Quant au délaissement des terres, il est à l’origine de pollutions et de gaspillages contre lesquels luttent ces jardiniers réfractaires. « Combattons  la crasse avec des fourches et des fleurs », est le slogan du site de Richard Reynolds, .

La seconde partie de La guérilla jardinière est consacrée aux moyens matériels et logistiques de la guérilla — un très complet manuel du guérillero jardinier pour une mise en œuvre rapide, efficace et sûre.
On y trouvera l’arsenal du parfait désobéissant en herbe : bombes à graines (cocktails Molotov Vert dont l’explosion à retardement se caractérise par un feu d’artifices fleuries ou par une récolte potagère), logistique, outils (qui sont souvent détournés de leur utilisation habituelle), plantes, etc. Le choix du terrain et les outils de la propagande ne sont pas oubliés et l’auteur y consacre un chapitre à chacun.

En bravant les règles, en s’opposant de manière pacifique aux conventions sociales, les guérilleros jardiniers sont en quelque sorte des combattants de la démocratie. Ils militent activement pour une société plus juste et plus équitable, pour le respect de la Planète, pour le rejet de la société productiviste et du paradigme capitaliste. « Nous savons que nous devrions être plus responsables et faire en sorte que la planète se porte mieux en changeant nos modes de production et de consommation. […] Choisir de cultiver le terrain d’autrui s’il est négligé, c’est prendre une responsabilité ou d’autres ne l’ont pas prise. »



La guérilla jardinière, de Richard Reynolds, col. Société civile,  éd. Yves Michel


Pour en savoir plus :


Vous pouvez laisser vos commentaires à cette adresse: commentaires@ecologitheque.com. Après modérations, ils seront insérés sous la chronique correspondante.