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L'écologithèque.com
LA CHRONIQUE DVD
du 18 janvier 2010




Gary — ville natale de Joseph Stiglitz prix Nobel d’économie en 2001 — ou comment la globalisation détruit à petit feu l’ancienne capitale américaine de l’acier. Le documentaire de Jacques Sarasin, Le Monde selon Stiglitz, une coproduction Faire Bleu, Swan et Arte France, débute par cette vision étonnante d’un tiers monde étasunien. Joseph Stiglitz y promène sa valise comme une âme en peine à travers des rues défoncées et des immeubles à l’abandon. Le rêve américain, le libre-échange et la société de consommation en prennent un sacré coup dans l’aile. L’orgueil aussi. L’entreprise Inland Steel, des aciéries, a été rachetée par une société indienne. Le tiers-monde prend d’assaut les USA. Un exemple de mondialisation à l’envers — l’arroseur arrosé.


Joseph Stiglitz croit en la globalisation, du moins en une globalisation contrôlée et mieux gérée. Sa vision est celle d’un monde où le commerce profiterait à tous, où l’OMC et le FMI ne seraient plus les bras armés des puissances occidentales colonisatrices (économiquement parlant), où la bio piraterie, la voracité des multinationales et la duplicité des subventions agricoles ne seraient qu’un mauvais souvenir.
Stiglitz est-il un doux rêveur ? Le Monde selon Stiglitz tend à nous démontrer le contraire à travers un périple dans différents pays (Chine, Équateur, Inde, Botswana et bien sûr Etats-Unis).
La marchandisation du monde est en route. Stiglitz la voudrait équitable et responsable. Mais quelle marge de manœuvre a-t-il ? Comment faire admettre aux tenants du capitalisme que le bonheur (matériel et immatériel) des individus et des peuples prime sur le compte en banque ? Comment expliquer que 150.000 paysans indiens se sont suicidés depuis que l’Inde a adhéré à l’OMC ? Pourquoi la population des pays dont les ressources naturelles sont les plus importantes sont-elles aussi les plus pauvres ? La loi du marché n’est-elle pas la loi du plus fort ou du plus cynique ?
Les solutions et les pistes proposées par Joseph Stiglitz sont le résultat de ses recherches et de sa réflexion. Mais ne sont-elles pas « hors-sol » ? Est-ce bien la globalisation qu’il faut moraliser ? La dernière crise financière mondiale — que Stiglitz avait prédit un an avant qu’elle ne se produise — n’a-t-elle pas prouvé que les États occidentaux les plus riches sont prêts à dévaliser leurs propres concitoyens pour maintenir un système injuste au profit d’une minorité ?

Le Monde selon Stiglitz est un voyage à travers « plusieurs mondes ». Le documentaire nous fait toucher du doigt la misère, la mort et une certaine forme d’esclavagisme.
La question que l’on devrait se poser est de savoir si, plutôt que de vouloir réformer la globalisation et les règles biaisées d’un marché mondial accapareur de ressources naturelles et destructeur de notre écosystème, il ne voudrait pas mieux réfléchir à un autre monde. Un monde respectueux, un monde social, un monde plus économe au sein duquel l’humain retrouverait sa juste place.
Les changements climatiques et environnementaux ne nous laisseront pas le choix. Doit-on — comme le fait Joseph Stiglitz, et même si sa réflexion est innovante et ses conseils parfaitement légitimes — soigner un membre atteint jusqu’à l’os par la gangrène ou alors le couper ? Doit-on adopter une attitude réformatrice ou radicale ? Autant d’interrogations que Le Monde selon Stiglitz suscite.

Ce ne sont pas les pertes financières des sociétés transcontinentales ni celles de leurs actionnaires qui m’arracheraient une larme, mais bien davantage ce paysan indien prêt à vendre un de ses reins pour survivre, ou ce paysan équatorien malade des rejets pétroliers d’une grande firme américaine, ou encore ces gens humbles du Botswana éloignés de leurs terres ancestrales pour laisser place nette à l’extraction des diamants. Eux surtout aimeraient profiter de la globalisation. Joseph Stiglitz aussi souhaite qu’ils en bénéficient. En attendant, ce sont toujours les mêmes qui subissent et les mêmes qui s’enrichissent.

Le Monde selon Stiglitz est un excellent documentaire en cela qu’il fait réfléchir sur nos modes de vie, nos comportement et la finalité que nous voulons donner à notre existence — et, plus généralement, à ce que nous désirons que le monde devienne : un vaste marché et une jungle où tout est permis au nom du sacro-saint profit ou bien un monde équitable, éthique et solidaire.


Le Monde selon Stiglitz, de Jacques Sarasin, coproduction Faire Bleu, Swan & Arte France 

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