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CHRONIQUE du 9 février 2011








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Provocant, militant — en un mot : remarquable.
Le film documentaire de Jean-Louis Le Tacon, aux éditions Montparnasse, Cochon qui s’en dédit, ne peut laisser indifférent. Il a agacé et scandalisé lors de sa sortie en 1979 et devrait continuer de déranger en 2011.
Cochon qui s’en dédit n’est rien d’autre qu’un chef d’œuvre tourné à l’orée de ce qui est devenue l’industrie du porc et de l’élevage intensif, notamment en Bretagne. Un élevage hors-sol concentrationnaire qui mutile, dénie le droit animal, et pollue les sols et les nappes phréatiques.
Jean-Louis Le Tacon filme en Super 8 la vie d’un éleveur industriel, Maxime Duchemin, qui s’est lancé dans « l’industrie » du porc en créant sa porcherie — des milliers de cochons dans des box. Un plan de financement particulièrement intéressant, semble-t-il, pousse Maxime Duchemin à s’endetter dans l’espoir de pouvoir rembourser. La machine à broyer l’homme et l’animal est en route.
Le travail quotidien est ici montré sans fausse pudeur. La merde est de la merde et les animaux des instruments au service de la production. Des produits marchands que l’on castre à vif, dont on coupe la queue et les dents dès la naissance, que l’on dope aux vitamines et que l’on bourre de médicaments.
Les images sont cruelles. D’autant plus que Maxime Duchemin finit par devenir un robot insensible à la douleur des êtres qu’il torture. Et qui , finalement, est lui-même torturé par son activité, ses doutes et l’inexorable cercle vicieux consistant à travailler pour les banques sans pouvoir se rémunérer — cinq ans durant —, avant de lâcher prise et de renoncer.
La réalité d’un élevage de porcs hors-sol et le désarroi de cet homme se mêlent pour offrir au spectateur l’image d’une déchéance, celle de notre société productiviste, pour laquelle le vivant est violé, dénaturé, jeté à la poubelle.

Un second document L’homme-cochon, 20 ans plus tard,  retrouve Maxime Duchemin dans les ruines de ce qui avait été sa porcherie. L’homme a changé. Ce sont 11 mn poignantes qui laissent un goût amer, mais aussi redonne de l’espoir. Combien faudra-t-il encore d’élevages industriels intensifs pour que nous réalisions enfin que nous marchons sur la tête ?
Dans un autre document accompagnant le film de Jean-Louis Le Tacon, De l’art et du cochon, Patrick Leboutte fait le portrait du cinéma militant des années 70. Jean-Louis le Tacon parle de son film et de son tournage. Une manière d’entrer de plein pied dans un autre cinéma.
Et enfin, cerise sur le gâteau, Bretonneries pour Kodachrome, tourné en 1974 par Le Tacon, nous propose un parcours humoristique à travers les coutumes bretonnes qui se donnent en spectacle l’été aux touristes, caméras et appareils photos en main, véritable anticipation du tourisme de masse du 21e siècle. Goûteux et prémonitoire.

Cochon qui s’en dédit, un DVD  à ne pas manquer.


Cochon qui s’en dédit, de Jean-Louis Le Tacon, DVD, éd. éditions Montparnasse

Pour en savoir plus :


Christophe Léon
www.christophe-leon.fr




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