Aller sur la page d'accueil de
L'écologithèque.com
CHRONIQUE LIVRE
du 22 septembre 2010




« … une diminution drastique de la consommation d’énergie dans les pays développés est une condition sine qua non pour que le possible permette de réaliser le nécessaire, et cette diminution implique à son tour une certaine réduction de la production ainsi que du transport de matière. Or celle-ci est totalement incompatible avec les lois du capitalisme. D’une certaine manière, on pourrait dire que l’obstacle de l’accumulation est encore plus important que celui du profit. »
L’accumulation que l’on appelle couramment la croissance est une des parties indivisibles de ce qui constitue le capitalisme. C’est certainement l’élément intangible de ce système mortifère qui nous conduit, pied au plancher, dans le mur de la crise écologique et du changement climatique ou, plus justement, comme le qualifie Daniel Tanuro — l’auteur de L’impossible capitalisme vert, paru aux éditions Les empêcheurs de penser en rond / La découverte —  du basculement climatique.
Daniel Tanuro a compris que la diminution de la consommation doit s’accompagner impérativement d'une prise en compte des inégalités sociales, et qu’elle ne sera possible que dans ces conditions. Ainsi avance-t-il dans son ouvrage le projet d’un écosocialisme : « … une transition planifiée consciemment et démocratiquement en fonction des besoins sociaux, indépendamment des coûts, en gérant rationnellement et prudemment l’échange des matières avec la nature. Cette voie alternative, la seule qui permette d’éviter les catastrophes, ne peut être mise  en œuvre que par “l’homme social, les producteurs associés”. »
Daniel Tanuro a raison et voit juste.

Dès les premières lignes de sa préface, Michel Husson donne le là à L’impossible capitalisme vert : « Ce livre est une contribution décisive à la définition d’un projet écosocialiste qui permette de dépasser les contradictions — ou moins de réduire la distance — entre la critique du capitalisme et l’écologie. » Habituellement méfiant pour ce qui est des préfaces souvent péremptoires et par trop élogieuses, je dois avouer que le livre de Daniel Tanuro est exactement ce qui dit le préfacier — un ouvrage important.
Il s’agit bien d’une critique du système capitaliste, mais aussi et surtout l’auteur entrouvre la porte d’une sortie possible, nécessaire, du capitalisme afin de faire face au défi climatique.
Par ses analyses, sa réflexion et les conclusions qu’il en tire, Daniel Tanuro « invente » une stratégie d’alliance entre écologie et socialisme, Nature et société. J’entends qu’il est l’inventeur au sens de découvreur non pas d’une idéologie mais d’un projet alternatif pour lutter contre le basculement climatique — d’une stratégie à adopter autant qu’on le peut encore.
Daniel Tanuro trace les lignes de force d’une issue qui se veut rationnelle et réalisable en combinant quatre mouvements simultanés qui se conditionnent mutuellement : « … la satisfaction des besoins fondamentaux conditionne la réduction de la transformation de matières ; celle-ci à son tour conditionne le passage aux renouvelables ; la réduction du temps de travail conditionne l’exercice effectif de la démocratie des producteurs ; et celle-ci boucle le processus en créant les conditions nécessaires à la redéfinition des besoins aliénés par la production marchande. »
Il s’agit dans les faits et dans les actes de créer les conditions d’un monde «  moins futile, moins stressé, moins pressé. En un mot, plus riche. » Et, au risque de passer pour un doux rêveur, je dis que Daniel Tanuro propose tout simplement une écologie du bonheur, un écosocialisme qui allie le partage, l’échange et la rationalité.

L’impossible capitalisme vert est un livre passionnant.
Il défriche une zone sensible et embouteillée, celle des politiques écologiques et sociales.
Il tend une passerelle entre écologie et socialisme. Il définit ainsi cette notion essentielle que le socialisme ne peut apporter de réponses valables à la crise climatique sans passer au filtre d’une écologie qui devra, elle, impérativement prendre en compte dans son projet les réalités sociales.
L’écosocialisme de Daniel Tanuro, tel qu’il en circonscrit les lignes directrices dans L’impossible capitalisme vert, fait certainement partie des idées nouvelles et décisives apportées à la réflexion actuelle sur les objectifs et les moyens d’une lutte efficiente contre les effets incontournables de la crise écologique majeure qui nous touche, ainsi que pour sortir à très court terme du capitalisme — l’un n’allant pas sans l’autre, évidemment...

 
L’impossible capitalisme vert, de Daniel Tanuro,  éd. Les empêcheurs de penser en rond / La découverte

Pour en savoir plus :

Vous pouvez laisser vos commentaires à cette adresse: commentaires@ecologitheque.com. Après modérations, ils seront insérés sous la chronique correspondante.