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LA CHRONIQUE ALBUM
du 4 janvier 2010



« Le 26 avril 1986, 1h23 du matin, le réacteur quatre, de la centrale nucléaire de Tchernobyl explose. C’est à ce jour la plus grande catastrophe technologique que notre monde ait connue. Les pompiers appelés cette nui-là pour éteindre l’incendie mourront dans les jours suivants dévorés par la radioactivité. »
L’album Les fleurs de Tchernobyl de Gildas Chasseboeuf & Emmanuel Lepage, aux éditions Les Dessin’acteurs est un remarquable journal de voyage en images et en mots. Un voyage d’artistes un peu particulier dans une partie du monde, elle aussi, un peu particulière : l’Ukraine de Tchernobyl.  C’est à Volodarka que les auteurs ont résidé, à 45 km du réacteur et leurs incursions sur le site seront accompagnées du bip-bip du dosimètre.

Les dessins et les aquarelles de Les fleurs de Tchernobyl transcrivent, peut-être mieux et plus sensiblement que de longs discours, ce qu’est devenue cette région du monde où l’imprévoyance et la déraison des hommes ont pollué pour des milliers d’années ce morceau de Planète, le réduisant à un no man’s land où règne une mort invisible.
Que ce soit la centrale elle-même, monstre technologique terrassé — « … “le compteur est au taquet : 9,99 Microsivert ”. 100 fois le niveau d’une exposition naturelle » —, que ce soit les manèges de Pryapiat — 20 Microsivert —, ou encore Bober ou Malinki Minki, les auteurs ont su capter l’étrangeté et le surréel d’un pays irradié et exsangue : «Tchernobyl, c’est les champs, la forêt, des rivières, c’est les morts, les vivants, et ceux qui viendront à naître. C’est un nom vertigineux. C’est un nom qui résonne comme un glas. »

Mais Les fleurs de Tchernobyl c’est aussi une galerie de portraits. De ces gens qui habitent les environs de Tchernobyl parce qu’ils n’ont pas d’ailleurs, parce qu’ils sont trop pauvres, parce qu’ils sont trop vieux. Vodka et radiations, un cocktail détonnant.
Il semblerait qu’on oublie vite. Il semblerait qu’on veuille nous faire croire que le nucléaire civil est une énergie propre, une énergie souhaitable et sans danger. Il semblerait qu’on nous prenne pour des imbéciles.
Pascal Rueff, dans sa préface, l’exprime très clairement : « À revenir en France après notre troisième séjour en Ukraine, je me demande quelle destination demande le plus de courage : aller dans la banlieue de Tchernobyl vingt-deux ans après le choc ou vivre dans le pays le plus nucléarisé du monde (par tête de pipe), le plus arrogant sur le sujet, le plus bouché ? »
Si le nucléaire est notre avenir, celui-ci sent décidément la boîte en sapin.
Notre pays exporte partout (et parfois n'importe où) dans le monde ses centrales nucléaires, mais notre responsabilité s’arrête-t-elle à la conclusion d’une simple transaction technologique et financière ? Serons-nous un jour les responsables d’un autre Tchernobyl ? Serons-nous les fossoyeurs des générations futures ? Emploi et balance commerciale d’aujourd’hui méritent-ils qu’on hypothèque l’existence des générations de demain ? Combien de Tchernobyl avant que l’homme comprenne qu’il fait fausse route ?

Les fleurs de Tchernobyl est un album d’une grande maîtrise, aussi bien pictural qu'en ce qui concerne les textes qui accompagnent les dessins, esquisses et aquarelles.
Il faut savoir aussi que la majeure partie des droits du livre est reversée à l’association Les enfants de Tchernobyl, à laquelle il n’est pas interdit d’adhérer si l’on souhaite prolonger sa lecture par un geste humain et citoyen (Les enfants de Tchernobyl, Résidence Les provinces, 1 a rue de Lorraine, 68840 Pulversheim — ).

Un album à s’offrir, à offrir et à faire connaître autour de soi.


NUCLÉAIRE, NON MERCI !

Les fleurs de Tchernobyl, de Gildas Chasseboeuf & Emmanuel Lepage, Album, éd. Les Dessin’acteurs 

Pour en savoir plus : &  


Christophe Léon

www.christophe-leon.fr


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