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CHRONIQUE FILM
du 14 avril 2010




Conséquence de l’assèchement de la mer d’Aral, Temrü, un marin kazakh, devient un réfugié climatique à la recherche d’un travail en Europe. Un de ceux dont on parle peu, mais qui seront à l’avenir des centaines de milliers et qu’il faudra bien accueillir pour la simple raison que les pays « riches » n’auront ni le choix ni les moyens de les repousser ou de les reconduire à la frontière (laquelle ?). Plutôt que des lois cyniques contre une immigration dite clandestine, peut-être faudrait-il parer et prévenir au mieux, et dès maintenant, les effets des bouleversements climatiques inéluctables pour éviter la « barbarie à venir ». Mais revenons au film de Marie Jaoul de Poncheville, Tengri (Le bleu du ciel), qui sortira en salle le 28 avril 2010.
Un résumé rapide : À Calais Temrü est arrêté et renvoyé ipso facto au Kazakhstan (la scène ne dure que quelques secondes). Il retourne au village de son père, mort sans qu’il le sache. Amira est une femme kirghize mariée à un mercenaire combattant dans les rangs d’un groupe islamiste. Alcoolique de surcroît et violent. Amira tombe amoureuse de Temrü. Ils vont s’enfuir du village sous la protection de la divinité des nomades : le Tengri, le bleu du ciel.

Voilà toute l’histoire, simple, je dirai classique et souvent rabâchée en littérature ou au cinéma. Pourtant Tengri (Le bleu du ciel) n’est pas une bluette romantique, tout au contraire. Ce film nous introduit dans un monde qui nous est totalement étranger, celui de l’Asie Centrale en plein cœur des montagnes. Nous voyons vivre, socialement et matériellement, des familles kirghizes. Nous découvrons combien notre mode de vie est loin d’être l’apanage de tous et qu’il serait extrêmement dommageable de le propager (d’infester ?) comme s’il était le seul ayant les attributs du progrès et de la liberté. Si la vie est dure et les mœurs parfois rudes, les habitants du village de Temrü et Amira développent ce que nous, dans nos sociétés d’hyper consommation et de productivisme à tout crin, avons perdu : le lien.
Il y a aussi un troisième acteur dans ce film : la Nature. L’incroyable beauté de ce pays de montagne, d’herbe, de chevaux et de ciel bleu. La Nature est présente à chaque image. Elle sur-imprime le film. Elle est le fil conducteur de ce roman d’amour. Il n’y a pas de possibilité de faire sans ou contre. Les hommes ici se sont pliés à ses conditions. La passion interdite des fugitifs est magnifiée par cette Nature sauvage, indélébile — magnifique. Inutile de chercher à la domestiquer, il s’agit de s’apprivoiser mutuellement en sachant que l’homme restera dans tous les cas assujetti à elle. Une Nature que nous avons perdu des yeux et du cœur, noyés dans nos villes bitumées et inhumaines.

Tengri (Le bleu du ciel) ne laissera indifférents que les accros aux effets spéciaux, à la technologie invasive, aux vapeurs d’essence et aux films à grands budgets truffés de stars insipides et formatées.
Il est si rare de voir au cinéma de vrais humains, un monde vrai, de vrais sentiments, une expérience vraie et universelle qu’il serait dommage de laisser passer ce petit bijou d’humanité.



TENGRI Le bleu du ciel, un film de Marie Jaoul de Poncheville, prod. Kmbo films


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