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L'écologithèque.com
LA CHRONIQUE DVD
du 30 novembre 2009





La Hague, dans le Cotentin, non loin Cherbourg et Flamanville. Le bout du bout du monde du nucléaire. Certainement la région la plus nucléarisée d’Europe. Que fait-on à la Hague ? On retraite des déchets nucléaires et on produit du plutonium. Activité hautement lucrative et dangereuse. La Cogema, filiale d’Areva, s’est installée il y a des années à la Hague pour différentes raisons. L’une d’entre elles étant les forts courants marins qui permettent une dispersion plus «efficaces» de ses rejets.
Silence sur l’atome, de Sébastien Tézé, chez Les films d’un jour, est un documentaire éclairant en cela qu’il focalise son attention sur les habitants, les acteurs politiques, les pros et les antinucléaires. La pollution et la dangerosité de l’atome sont la toile de fond sur laquelle des hommes et des femmes agissent, contestent ou approuvent.

L’usine de retraitement de la Cogema est devenue une institution locale. Elle n’est plus appelée que l’Usine de la Hague, on y fait du « tourisme », une guide vous vente les mérites de la fée nucléaire, les enfants des écoles ont droit, eux aussi, à leur excursion atomique. Tout est bien dans le meilleur des mondes. Et qui plus est, le nucléaire serait une énergie propre. En cela peut-être qu’il tue proprement ?
Mais rien n’est prouvé. Les cas élevés de leucémies, les cancers et autres « petits tracas » ne sont que des aléas. L’atome est une source de bien-être pour l’humanité. C’est d’ailleurs, s’ils étaient encore là, ce que pourraient nous confirmer les liquidateurs de Tchernobyl. Mais il s’agit de nucléaire civil, pas de bombes, pas d’Hiroshima ou de Nagasaki... L’électricité à volonté et les déchets nucléaires pour des milliers — des millions d’années.

Silence sur l’atome va plus loin. Il montre comment l’argent celui que verse la Cogema en taxes et autres impôts aux communes, aux départements et à la Région peut biaiser le débat. La plupart des convictions politiques, gauche/droite, cèdent devant la manne : business is usual.
Sans compter les emplois que l’Usine de la Hague a créé. Le vrai débat se situe à ce niveau-là : peut-on hypothéquer le futur des générations à venir, les laisser se débrouiller avec le stockage des déchets et leur offrir en héritage des mers et des terres polluées seulement parce que l’atome « fabrique » de l’argent, du pognon, du fric ? Pour dix mille emplois créés, combien devront vivre demain, dans cent ans, dans mille et plus avec cette pollution ?
Des ronds-points, des routes, des autoroutes, des piscines, des lampadaires, des infrastructures, voilà ce qu’avancent, en principal, les partisans de l’Usine de la Hague et de son exploitant pour justifier les menus désagréments collatéraux. L’argent est mon royaume. Ils sont prêts à justifier n’importe quel risque pour un profit immédiat. L’Usine ne recycle pas seulement des déchets (provenant d’Allemagne, de Belgique, du Japon…), ne produit pas seulement du plutonium, mais c’est aussi une usine à billets.
On entend dire parfois que chacun de nous à un prix, mais quel sera celui à payer par nos descendants ? Ce prix sera-t-il leur propre qualité de vie, voire leur existence-même?

Silence sur l’atome est un instantané. Il pose la question de savoir ce que nous voulons faire du présent et de l’avenir. Il montre aussi combien le rôle des citoyens est primordial pour alerter, contrôler et diffuser une information qui n’est pas biaisée par les intérêts industriels et financiers.
Le nucléaire n’est pas l’avenir de l’homme mais des arthropodes, ces petites bestioles invertébrées qui nous survivront lorsque l’atome nous aura définitivement (ir)radié de la surface de la Planète.



Silence sur l’atome, de Sébastien Tézé, éd. Les films d’un jour 

Pour en savoir plus : http://www.filmsdunjour.com



Christophe Léon
www.christophe-leon.fr


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