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L'écologithèque.com
LA CHRONIQUE BD
du 14 décembre 2009




Sous le couvert de la forêt amazonienne, le jeune indien Tiki perd sa famille, sa tribu, son village. Mais leur disparition n’est pas vraiment naturelle…
La cadre au sein duquel se déroule l’histoire de Tiki, de Berardi & Milazzo, paru aux éditions Mosquito, est celui de l’Amazonie, de la forêt primaire et de son exploitation par l’homme « civilisé ». Parce qu’il a fallu tracer une route, la BR406, afin que le « monde moderne » s’immisce au cœur de cette immensité verte pour assouvir sa soif d’exploitation des ressources naturelles, un village va être détruit et ses habitants brûlés vifs. Tiki sera le seul survivant du carnage, l’unique témoin de cet ethnocide.
On apprend au passage que la BR406 a été tracée au napalm, seul moyen rapide et efficace qu’ont trouvé les « entrepreneurs » pour parvenir à leurs fins. Après tout, griller quelques singes, quelques sous-hommes et quelques mauvaises herbes ne portent pas à conséquences. Le progrès, la technique et le compte en banque ne sauraient s’arrêter à ces petits détails.
Le jeune indien va partir à la recherche des oiseaux d’argent qui ont fienté le feu sur sa famille et son village. Il n’aura de cesse que de se venger. Pourtant, sa vengeance ne sera pas exactement telle qu’il se l’imaginait…

Tiki est un album d’une grande justesse de ton et de sentiments. Jamais didactique, les auteurs ont préféré la demi-teinte. S’ils dénoncent la déforestation et le racisme ordinaire, ce n’est jamais de front. Il se dégage une atmosphère à la fois de violence et de d’humanisme qui contribuent à faire de Tiki  une œuvre à la coloration et aux tonalités à la fois blanches et noires, à l’instar des illustrations. Le choix du dessin réaliste en noir et blanc jouant sur l’opposition du négatif et du positif, à la fois au sens visuel et moral, est une incontestable réussite.

Petite anecdote : après l’avoir reçu par la poste, j’ai
  laissé Tiki sur une table, bien en évidence — une sorte de test. Les enfants ont tourné autour, l’ont ouvert, y ont jeté un œil, avant de prendre l’album, de le lire sans le lâcher, jusqu’à la fin. Il a finalement fait le tour de la famille, intéressant les grands et les moins grands. Bref, Tiki a passé l’épreuve, ce qui est plutôt bon signe.

Tiki nous parle d’écologie avec subtilité et sans jamais appuyer le trait. Noël approchant, il me semble que cette BD serait un beau cadeau  à faire et à se faire, plutôt qu’un jouet en plastique fabriqué à Pétaouchnock par des petites mains exploitées ou le dernier modèle de high-tech d’une merdouille portable qui finira sa vie en Inde ou ailleurs sur la montagne de nos déchets technologiques.


Tiki, de Berardi & Milazzo, BD,  éd. Mosquito 

Pour en savoir plus :


Christophe Léon

www.christophe-leon.fr


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