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CHRONIQUE LIVRE
du 06 octobre 2010




« Notre système de production et de commercialisation de masse qui se met en place dans les années 1960 fait passer dans nos corps la mémoire meurtrie des déséquilibres de l’amont. Ces déséquilibres ont été le vecteur du développement conjoint de l’agrochimie, des maladies de civilisation et du marché du médicament. »
En rapprochant les modes de culture, de production et de consommation de masse avec notre santé — en reliant intimement la santé humaine et celle de la Planète —, Pierre Weill l’auteur de Mon assiette, ma santé, ma planète, paru chez Plon, met en évidence ce qui devrait être d’une banalité absolue, mais qui semble échapper à la plupart des décideurs actuels : nous sommes ce que nous mangeons. Et, par voie de conséquence, nous nous traitons comme nous traitons la Planète, c'est-à-dire mal.
Pierre Weill démontre dans son ouvrage que les maladies dites de civilisation sont induites pour l’essentiel par nos comportements alimentaires et nos habitudes de consommation ; l’ensemble étant contraint par l’esprit productiviste de notre société et l’exemple qui nous est donné à longueur de journée du toujours plus pour, en fin de compte, être toujours moins.

Mon assiette, ma santé, ma planète n’est pas à proprement parler un livre de vulgarisation, même si sa conception et sa rédaction se veulent accessibles à tous. C’est surtout un livre militant, qui dresse un état des lieux de notre santé et de nos habitus alimentaires. Le constat qui est fait pourrait se résumer à : « Plus l’assiette s’appauvrit, plus la boîte de pilules grossit. »
L’alimentation doit redevenir ce qu’elle était quand notre cupidité n’avait pas encore pris le pas sur notre bon sens, un lien qualitatif avec notre environnement, et non pas quantitatif.
La production de masse favorise la quantité au détriment de la qualité. Nourrir le plus grand nombre cela signifie-t-il appauvrit nos corps, dérégler les cycles naturels et piller les ressources ? N’existe-t-il pas une alternative plus saine, moins réglée sur les profits, l’immatériel et la santé financière de quelques magnats et actionnaire de l’industrie agroalimentaire et de la chimie ?
« Quand les cycles perdent leur équilibre, quand les sols s’épuisent, quand la déforestation gagne, quand les monocultures explosent, quand le gaz carbonique, le méthane, le protoxyde d’azote échappent au cycle bien huilé des chaînes alimentaires et viennent épaissir le toit de notre grande serre planétaire, provoquant désormais le très connu “réchauffement  climatique” », écrit Pierre Weill.
L’homme est le principal acteur du bouleversement climatique. Ses activités usent et détruisent la Planète à un rythme sans précédent, nous faisant entrer dans l’ère de l’anthropocène par la porte de la destruction de la biodiversité. « Moins de trente plantes fournissent désormais plus de 90 % des calories consommées par l’homme. Et le maïs, le blé, le soja et le riz, en fournissent à elles seuls plus de la moitié. »
La monoculture, pour le plus grand profit des grands groupes transnationaux de l’agrochimie et des semenciers, détruit la biodiversité et, par voie de conséquence, pourrait bien nous détruire un jour ou l’autre.

Pierre Weill explique de manière imagée, mais surtout en s’appuyant sur des études et des données scientifiques, ce qu’est devenue notre alimentation, comment nous en sommes venus à nous nourrir de calories creuses. Comment diabète, obésité, infarctus, cancer explosent. Comment de la prévention de la santé par une alimentation saine et partagée, nous en sommes actuellement à la surconsommation médicamenteuse. « Les calories creuses sont cet assemblage inconsistant d’huile de palme, de sirop sucrant de fructose et de farine micronisée et… rien d’autre. Elles sont à la fois une catastrophe nutritionnelle et une catastrophe environnementale. »
 L’auteur confronte Oméga 3 et Oméga 6. Il démontre comment l’utilisation exponentiellement d’Oméga 6 par l’industrie alimentaire déséquilibre notre ration journalière, entraînant à la fois un désordre nutritionnel et environnemental. « On sait depuis longtemps que le développement des grandes monocultures s’est avec des plantes très riches en Oméga 6 et plus productives. […] … l’excès d’Oméga 6 dans nos assiettes stimule l’inflammation qui précède le diabète, l’obésité, certains cancers, certaines allergies et les maladies cardiovasculaires. […] … cet équilibre entre molécules pro et anti-inflammatoires, cette “harmonie” de l’organisme puise sa source dans l’équilibre et l’harmonie de nos cultures et de nos paysages. »

Dans son épilogue, Pierre Weill écrit que la reconquête de notre santé et de celle de notre planète doit commencer par la réconciliation de tous nos sens.
À une époque où la vitesse, l’appât du gain, l’atomisation de l’individu et la destruction des ressources naturelles sont banalisés et parfois montrés en exemples — au prix de souffrances humaines toujours plus grandes —, il est urgent de reconquérir son espace, de militer pour une agriculture bio et de qualité, de faire l’éloge de la lenteur et de la simplicité, de relocaliser, de consommer moins, de vivre et de manger mieux, de créer du lien, bref de sortir du paradigme productiviste — à la fois pour notre santé mais aussi celui de la Planète.

Mon assiette, ma santé, ma planète est un livre qu’il faut lire parce qu’il ouvre des pistes et permet une prise de conscience, qui devrait nous conduire à obéir moins et à résister plus à un système économique fatal pour la Planète et pour l’humain.


Mon assiette, ma santé, ma planète, de Pierre Weill, éd. Plon

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