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L'écologithèque.com
LA CHRONIQUE LIVRE
du 14 décembre 2009




« Les problèmes écologiques ne sont fondamentalement pas des problèmes de la nature, qui est indifférente, mais des problèmes des cultures humaines qui se trouvent menacées par eux dans leur perpétuation. »
Les guerres du climat, sous-titré Pourquoi on tue au XXIe siècle, de Harald Welzer, paru dans la collection Nrf essais aux éditions Gallimard, est un livre d’une extrême rigueur qui analyse les sources de la violence et des conflits à travers le monde, à la fois dans le passé, le présent et l’avenir. Sa grande originalité est de rapprocher directement l’analyse sociologique et économique de l’analyse environnementale. Cette mise en perspective de la violence des hommes et du changement du climat, qui n’est plus une conjoncture mais bien un fait, va largement à l’encontre du sentiment commun, qui voudrait que nous nous en soyons toujours sortis. Elle dément aussi l’idée que la paix est l’ordinaire et la guerre l’exceptionnel.

« L’évolution du climat va entraîner une accumulation de catastrophes sociales qui produiront des états ou des modèles sociaux, temporaires ou durables, sur lesquels on ne sait rien, faute de s’y être jusqu’ici suffisamment intéressé. » Et l’auteur de préconiser que « l’évolution du climat devienne l’objet des sciences sociales et humaines. »
Pour Harald Welzer, les changements environnementaux seront sources de conflits, d’abord dans les pays les plus défavorisés (géographiquement et/ou socialement). Les inégalités globales et l’injustice entraîneront, à plus ou moins court terme, les guerres de demain.
Trois chapitres (Tuer hier – Tuer aujourd’hui – Tuer demain) tracent le sillon. À travers un examen en profondeur de la violence dans le passé et aujourd’hui, Les guerres du climat montre à quel point les génocides et les purifications éthiques ont été les générateurs de la modernité et, que dans ces conditions, la mondialisation, et les transformations qu’elle génère, ne saurait manquer d’être un facteur de violence meurtrière — les changements écologiques venant comme un point d’orgue exacerber notre vision de la société.
Un climat sécuritaire s’installe partout dans le monde. Les pays industrialisés cherchent à fermer leur frontière, à « coloniser économiquement » les pays dont les ressources naturelles leur sont essentielles et, parallèlement, ignorent ceux qui n’ont à pas à leurs yeux d’intérêts, tel que le Darfour par exemple. Le « droit d’ingérence » est devenu un « droit d’exploiter et conquérir ».

« Les conséquences du changement climatique sont injustement réparties, parce que ceux qui sont les principaux responsables en subissent, pour autant qu’on puisse prévoir, le moins de dommages, et qu’ils ont les plus grandes chances de tirer profit de la situation. »
C’est cette asymétrie dans la répartition des conséquences du changement écologique, ainsi que l’injustice patente, qui font que notre monde occidental et industrialisé s’en tirera mieux, dans un premier temps, que les pays dits défavorisés. Mais elle sera le bouillon de culture de la violence à venir à laquelle nous n’échapperont pas. L’obligation de trouver rapidement des solutions à la crise écologique et sociale augmentera les tensions et donnera lieu à des choix radicaux.
La supposée modernité industrielle, si elle devait perdurer sur le principe de l’accroissement de l’exploitation et de la croissance se heurtera très vite à la limite naturelle, comme le note Harald Welzer. Implicitement, c’est la société capitaliste, la mondialisation et son cannibalisme écologique qui sont mis en cause. Il n’y a pas de chance de survie si nous continuons à vouloir suivre un modèle économique et social qui nous conduit en droite ligne à notre perte. La marchandisation des êtres et des biens, confrontée au changement climatique, aboutira inéluctablement à la violence, à la guerre et à la fin d’un monde qui nous semblait immortel.

Les deux derniers chapitres de Les guerres du climat traitent de  Ce qu’ont peut faire et ce qu’on ne peut pas faire. Plusieurs possibilités de d’action sont envisagées par l’auteur. Par exemple de faire comme d’habitude (croissance, pillage des ressources, etc.). Une possibilité que «  le noyau dur des élites dirigeantes » peut considérer comme la plus rationnelle…

On ne sort pas indemne d’un tel livre. Beaucoup de nos « croyances » et de ce que l’on pensait comme acquis (paix, bien-être sécurité…) sont remis en question dans Les guerres du climat. Le changement écologique qui nous attend devrait être envisagé comme une révolution culturelle. Elle devrait nous conduire à un changement tout aussi radical de nos mentalités et de nos comportements, pas simplement au niveau individuel mais surtout à celui des États. Bien plus que des solutions factuelles, c’est d’une vision globale de la société et de ce que nous voulons qu’elle soit dont nous manquons cruellement. Il n’y aura pas de réponses valables sans une entente globale — mais est-ce possible ?
Les guerres du climat n’est pas un essai catastrophiste au sens commun. Ce qui y est avancé s’entoure d’une analyse et d’une observation minutieuse, à la fois des phénomènes sociologiques, géographiques, économiques et écologiques. Rien n’y est gratuit ni ne joue sur le sensationnalisme. La dissection sans complaisance de nos sociétés et les conséquences de nos impérities font froid dans le dos.
«  Faute de modèles de société qui soient porteur d’avenir, le XXIe siècle est loin des utopies et près des ressources — on exécute parce que les exécuteurs revendiquent les ressources que détiennent les victimes ou que simplement elles voudraient avoir. »
Le matérialisme, le mondialisme et le peu d’humanisme dont nous faisons preuve auront-ils raison de l’espèce humaine ? Nous avons connu le Siècle des Lumières, le nouveau sera-t-il celui de l’Obscurité ?

Les guerres du climat est un essai lumineux d’une noirceur pétrifiante.

Les guerres du climat (Pourquoi on tue au XXIe siècle), de Harald Welzer col. Nrf essais, éd. Gallimard 

Pour en savoir plus :


Christophe Léon

www.christophe-leon.fr


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